La vidéo évite des erreurs, mais ne règle pas les problèmes d’arbitrage

TRYAvant d’aborder le sujet que je voulais traiter aujourd’hui, l’arbitrage vidéo, je veux évoquer  l’actualité de ces dernières heures, une actualité qui touche le basket (je n’y connais pas grand-chose) et le rugby. C’est vrai, je n’ai jamais joué au basket sauf dans les séances de sport au lycée, mais j’aime bien suivre l’équipe de France, et celle-ci nous emballe depuis bientôt une dizaine d’années. Elle a même réussi à devenir championne d’Europe cette année, après avoir récolté plusieurs médailles auparavant. Cette équipe m’est d’autant plus sympathique, qu’elle est emmenée par des joueurs qui paient pour avoir le droit d’y jouer, ce qui nous change d’autres sports collectifs, où, à chaque phase finale de compétitions européennes ou mondiales, on négocie longuement pour savoir le montant des primes qu’on va toucher. Certes, on va me dire que Parker, Batum ou Diaw gagnent autant d’argent, sinon plus, que les meilleurs joueurs de football, mais le constat est là.

Et puisque j’ai parlé de Parker, Batum et Diaw, je veux souligner que leur participation au championnat d’Europe avec l’équipe de France ne les a nullement handicapés pour jouer le championnat NBA, alors que Noah, qui a déclaré forfait pour cette compétition afin de se préserver pour la saison NBA, est loin d’avoir son meilleur rendement. Cela dit, quelle que soit sa valeur, il vaut mieux avoir en équipe de France Parker et Batum que Noah, même si avec le pivot des Bulls cette équipe serait à coup sûre meilleure encore. Espérons que Noah consentira à jouer pour notre pays aux J.O. de Rio, ce qui pourrait permettre à notre équipe nationale de renouveler l’exploit réalisée par celle de 2000, sauf que cette dernière était loin d’être aussi forte que celle qui a remporté la médaille d’or au championnat d’Europe.

Voilà pour le basket, et passons à présent par la case rugby, ce qui est beaucoup plus naturel chez moi, pour évoquer la mauvaise nouvelle qui a touché Morgan Parra, celui-ci étant indisponible au moins jusqu’à la mi-février pour un problème de genou. J’écris mauvaise nouvelle, parce que la blessure est toujours un problème pour un joueur, et je souhaite à Parra un prompt rétablissement. Est-ce pour cela un drame pour le XV de France ? Je réponds NON, car cela permettra enfin d’essayer au poste de demi de mêlée un Doussain ou un Pelissié pendant la durée du Tournoi…à condition de ne pas mettre une épée de Damoclès sur la tête de ces joueurs, ou si l’on préfère à condition de leur faire confiance sur la durée comme Saint-André, et avant lui Lièvremont, l’ont fait pour Parra. Et si j’écris cela, c’est parce que le coaching de Saint-André ne m’inspire aucune confiance. Si Doussain ou Pélissié, celui qui sera choisi ou les deux, font un match moyen, il ne faudra pas immédiatement leur chercher un remplaçant…qui d’ailleurs sera tout trouvé avec le retour de Parra.

Au fait, puisqu’il s’était blessé peu avant la mi-temps, pourquoi Saint-André n’a-t-il pas remplacé Parra dès l’entame de la deuxième mi-temps ? C’est quand même une preuve du manque de confiance du coach envers Doussain ! Si j’étais méchant, je dirais qu’avec deux petites victoires dans l’année, un entraîneur « normal » n’aurait pas hésité à prendre le risque de faire entrer Doussain, d’autant que Parra avait été très insuffisant en première période. De quoi donner raison aux contempteurs toulonnais de Saint-André, qui lui reprochent son incapacité à qualifier pour les plays-off, en 2010-2011, une équipe du RCT qui avait enregistré en début de saison l’arrivée de Smith, Sackey, Carl Hayman et Rudi Wulf, qui s’ajoutaient à des joueurs aussi talentueux que Mignoni, Jamie Robinson, Contepomi, Fernandez Lobbe, Lamont et l’incomparable Jonny Wilkinson.  Espérons quand même que Saint-André se rende compte que le XV de France a besoin d’un jeu plus ambitieux pour aller de l’avant, parce qu’avec celui qui nous est offert depuis trop longtemps l’équipe de France ne gagne même plus le Tournoi des 6 Nations (depuis 2010), la France étant considérée comme la sixième nation mondiale sur les 11 qui comptent dans le concert planétaire (les 6 du Tournoi, plus l’Argentine, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, les Samoa et l’Afrique du Sud). Elle devrait même être septième derrière l’Irlande, si cette dernière avait fait match nul avec la Nouvelle-Zélande…comme cela aurait dû être le cas.

L’Irlande, en effet, a réalisé une formidable performance contre les Néo-Zélandais, ces derniers ne l’ayant emporté samedi dernier que par miracle à l’issue d’un match emballant, les All Blacks n’ayant dû leur succès qu’à une colossale erreur des Irlandais, partis avant le coup de pied de transformation de l’ouvreur Cruder sur l’essai néo-zélandais de dernière minute. Coup de pied raté, mais retiré suite à la décision (normale) de l’arbitre de le faire recommencer, avec réussite cette fois. Quelque chose me dit que si le XV de France avait joué ces Irlandais survoltés il aurait été dominé. J’en suis même certain, comme il est certain que le XV de France ne peut pas se plaindre de l’arbitrage dans son match contre les Sud-Africains, un match qui montre à quel point Michel Platini a raison de ne pas vouloir l’introduction de la vidéo au football.

Ah la vidéo, qu’est-ce qu’elle fait saliver et écrire dans le monde du football ! Règle-t-elle tous les problèmes pour autant ? Certainement pas. Déjà, lors de la finale de la Coupe du Monde de football en 1966, personne ne peut assurer que le but de G. Hurst était valable, bien qu’il ait été examiné des milliers de fois à la vidéo. Et c’est pareil pour le rugby (à XV et à XIII), qui a recours depuis longtemps à la vidéo, ce qui n’empêche nullement les controverses et les erreurs. Je me souviens personnellement d’un drop de J.B. Elissalde, contre Bayonne (je crois que c’était en 2009), dont la vidéo a bien été incapable de nous dire s’il était passé ou non (bien au-dessus des poteaux). Et tant d’autres matches encore, y compris samedi dernier, où l’arbitre vidéo a pris trois décisions très litigieuses…qui ont bien favorisé le XV de France, pour une fois diront les mauvaises langues.

J’avoue d’ailleurs que cela m’agace prodigieusement de voir aussi souvent l’intervention de la vidéo, presque systématique si ce n’est pas très net à XIII comme à XV, ce qui signifie que l’arbitre n’est plus maître de rien dès qu’il y a essai, ce qui n’empêche nullement d’accorder un essai s’il y a en-avant de passe cinquante mètres avant la ligne d’en-but. Et oui, la vidéo ne règle pas tous les problèmes, et c’est pareil pour le football, sauf à vouloir faire durer un match de nombreuses minutes en plus. Qu’il est loin le temps où Lucien Mias, l’illustrissime capitaine de l’équipe de France de 1958-1959,  disait que « l’arbitre fait partie du jeu, comme le vent ». La vidéo a certes des vertus, mais elle ne règle pas tout. Elle n’empêchera jamais un arbitre de football de siffler généreusement un pénalty…ou de ne pas le siffler s’il estime qu’il n’y a pas faute. Elle n’empêche pas non plus un arbitre de rugby d’accorder une pénalité à vingt mètres face aux poteaux, même si c’est très, très sévère, parce qu’il aura vu une faute sur un ruck que personne n’aura vu y compris en regardant les images à la télévision. Je pourrais dire la même chose s’il ne voit pas une faute évidente…à la télévision.

Donc, en résumé, qu’apporte la vidéo au rugby ? Peu de choses en vérité, à part le fait qu’elle décharge la décision de l’arbitre du terrain sur l’arbitre vidéo. Cela fait joli aussi à la télévision de voir inscrit « TRY » ou « NO TRY » sur l’écran, mais même si elle permet de valider des essais que l’arbitre n’aurait pas osé accorder, par exemple l’essai néo-zélandais lors de la demi-finale mondiale à XIII entre l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande, où l’ailier néo-zélandais réussit une passe miraculeuse avant d’avoir touché le sol alors qu’il est un mètre à l’extérieur du terrain, la vidéo ne fait pas tout. En outre, si l’arbitre prend une fois une mauvaise décision, ce ne sera pas le cas très souvent, et au final les mauvaises décisions s’équilibrent très souvent dans un cas comme dans l’autre.

Enfin, pour bien montrer que cela fait partie du jeu, au bout de quelques semaines on oublie l’erreur d’arbitrage…parce que 9 fois sur 10 c’est la meilleure équipe, ce jour-là, qui l’emporte. Qui conteste aujourd’hui la victoire anglaise à la Coupe du monde 1966 ? Plus personne, et ce depuis bien longtemps. Qui ose évoquer le but annulé sur un hors-jeu inexistant de Puskas lors de la finale de la Coupe du Monde 1954, où les Hongrois avec leurs grandes vedettes (Boszik, Puskas, Kocsis, Hidegkuti et Csibor) furent battus, si l’on en croit une étude allemande récente, par le fait que les Allemands étaient dopés à la pervitine…ce qui explique leur fraîcheur en fin de match, leurs adversaires ayant en outre été confrontés aux Brésiliens et aux Uruguayens précédemment. Même l’histoire est contre les tenants de la vidéo !!!

Michel Escatafal


Et si le XIII était plus attractif que le XV…

Coupe du monde XIIICe matin en me réveillant j’étais très heureux après avoir passé un samedi tout à fait excellent…grâce au rugby à XIII. Merci à beIN SPORT de nous avoir offert la possibilité d’avoir vu un match aussi emballant que cette demi-finale de Coupe du Monde entre l’Angleterre, qui jouait chez elle, et la Nouvelle-Zélande, tenante du titre. Et encore une fois honte à tous ces médias français qui ont refusé de retransmettre cette Coupe du Monde de rugby à XIII, ou qui en parlent si peu, alors que le spectacle peut être grandiose, comme ce fut le cas hier après-midi. Cela nous laisse prévoir une finale fantastique, la semaine prochaine, entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Dommage, et je n’ai pas peur de me répéter, qu’il faille être abonné à beIN SPORT pour profiter du spectacle. Au fait, que fait le service public, lui qui prétend que France Télévision c’est le plus grand terrain de sport de France? Pourquoi ne pas promouvoir, ne serait-ce que 80 minutes de temps en temps, un sport collectif qui fut le premier, au début des années 50, à donner à la France le titre de meilleure nation de la planète ? Ah je sais, une retransmission de rugby à XIII ne génèrerait pas assez de rentrées publicitaires. Cela dit, comment un sport peut-il se révéler aux yeux des téléspectateurs si on ne le voit jamais en clair, et si on n’en parle quasiment pas?

Revenons donc à ce match formidable entre la Nouvelle-Zélande et une très valeureuse équipe d’Angleterre…qui fut finaliste jusqu’à la dernière minute, jusqu’à ce que ce que deux joueurs exceptionnels sonnent la charge une dernière fois, et finissent par faire plier les Anglais in extrémis, par un essai que plus personne n’attendait. Ces deux joueurs sont deux extra-terrestres, qu’il s’agisse de Sonny Bill Williams et de Shaun Johnson. Ils sont tellement forts qu’ils font rêver tous les managers et dirigeants des meilleures équipes à XV, ces derniers ayant déjà réussi à récupérer un autre surdoué d’un niveau exceptionnel, Benji Marshall.

Mais Benji Marshall, comme  SBW et Shaun Jonhson, ne sont pas les seuls qui pourraient franchir allègrement le pas les conduisant à XV, car il y a aussi les Anglais Sam Burgess, désigné « homme du match » hier, qui pourrait jouer à tous les postes chez les quinzistes, ou l’ailier aux cheveux blancs Ryan Hall, sans oublier les Australiens, à commencer par l’arrière Slater, le demi Thurston ou le talonneur Cameron Smith. D’autres en revanche, des quinzistes, pourraient très bien franchir le pas et jouer à XIII dans une franchise australienne ou anglaise, et en disant cela je pense à des joueurs comme Fofana ou Doussain, à la fois puissants et rapides, qui feraient un malheur à XIII, comme l’ont fait en leur temps Barthe, Pierre Lacaze, Quaglio, Mantoulan ou Capdouze.

En tout cas, peut-être que le week-end prochain (la finale se déroulera samedi prochain à 15h30 au stade d’Old Trafford, à Manchester, et on la verra sur beIN SPORT) Sonny Bill Williams rentrera dans l’histoire en devenant le premier double champion du monde de rugby à XV et à XIII. Il le mériterait, et cela ouvrirait peut-être la voie à d’autres joueurs, par exemple Shaun Johnson, demi de mêlée de l’équipe des Kiwis, qui marqua un essai personnel de grande classe, essai qu’il transforma sans trembler (12 points au total), ce qui est normal pour un excellent buteur comme lui.

Au fait, en imaginant un instant que ce même Shaun Johnson arrive en France, et devienne le demi de mêlée d’une grande équipe de Top 14, aurait-il sa chance pour jouer en Equipe de France au bout de trois ans (en supposant que sa fédération ne l’appelle pas) ? Réponse : NON. Pourquoi ? Parce que le demi de mêlée du XV de France s’appelle et s’appellera, au moins jusqu’en 2023, Morgan Parra. A ce moment il aura battu tous les records en sélections, puisqu’il en comptera au moins 200, nettement plus que Gregan, autre demi de mêlée (Australie) mais de grand talent celui-là, qui s’est arrêté à 139 capes, et qui détient le record pour le moment. Un record qui sera sans doute dépassé prochainement par l’emblématique capitaine des All Blacks, Richie Mac Caw, qui en est à 123 sélections. Cela étant, il n’ira pas beaucoup plus loin, parce qu’il a 33 ans dans quelques jours.

Evidemment si je parle encore une fois de Parra, c’est parce que j’ai vu le match France-Afrique du Sud hier soir sur France 2, infiniment moins palpitant que la demi-finale mondiale à XIII. Un match que les Français ne méritaient pas de gagner, et que personne n’imaginait qu’ils finiraient par le gagner…à part peut-être le commentateur de France Télévision. Même Philippe Saint-André, le sélectionneur, n’y a jamais vraiment cru, puisqu’il a avoué que le XV de France n’était pas actuellement « au niveau des Boks et des Blacks », ce qui ne l’empêche pas d’estimer, comme le capitaine Dusautoir, que notre équipe « n’est pas loin des meilleurs », faisant semblant d’oublier que sur la durée nous sommes loin, et même très loin du niveau des meilleures équipes. Certes sur un match les Français sont capables à tout moment de réussir un exploit, mais dans la continuité nous sommes « largués ».

Et hier soir, on ne pouvait même pas se réfugier derrière l’arbitrage, qui a refusé deux essais à l’Afrique du Sud qu’il n’aurait pas été scandaleux d’accorder, et en a accordé un au XV de France, qui aurait très bien pu ne pas l’être. Dit autrement, c’était l’arbitre qui cachait la forêt dans laquelle s’est perdue, une nouvelle fois, notre équipe. Une équipe qui ne reflète pas le vrai niveau du rugby français, n’en déplaise à ceux qui prétendent que c’est la faute des dirigeants de clubs, qui préfèrent recruter étranger plutôt que donner leur chance aux joueurs français. Mais que je sache, un Doussain est bien titulaire au Stade Toulousain, ayant même relégué sur le banc une des références internationales à son poste, le demi de mêlée australien Burgess. Et je pourrais citer bien d’autres exemples prouvant que si les Français sont bons dans leur club, et bien ils jouent…malgré la concurrence. En outre, avoir un Wilkinson, un Giteau, un Botha, un Steyn dans son équipe ne peut qu’aider les joueurs français, notamment les plus jeunes, à progresser. Est-ce qu’ils vont progresser davantage avec Parra ?

Un Parra, qui estime que l’Equipe de France est en progrès dans le jeu (et oui !), oubliant que ce qui a fait la force de notre rugby c’est le fameux « french flair ». Saint-André lui-même semble l’avoir oublié, alors qu’à l’époque où il était joueur il a marqué ce que certains ont considéré comme l’essai du siècle à Twickenham (Angleterre-France 1991), sur un coup de génie où étaient impliqués Berbizier le demi de mêlée, mais aussi Blanco, Sella, Didier Camberabero auteur d’un merveilleux coup de pied pour lui-même avant de délivrer un caviar sous forme d’un coup de pied de recentrage pour Saint-André, qui n’avait plus qu’à aplatir cette action commencée dans l’en-but français.

Est-ce que Parra, à la place de Berbizier, aurait eu une seconde l’idée de relancer ce ballon ? Certainement pas. Est-ce que, même si l’idée lui en était venue, l’action se serait poursuivie de la même manière aujourd’hui ? Réponse : Non, en dépit des qualités offensives d’un Dulin ou d’un Fofana. Conclusion, et je suis désolé de le dire, mais Parra est à l’image du rugby que veut imposer Saint-André, qu’a voulu imposer Lièvremont, à savoir un rugby sans risque, où on compte sur un pack surpuissant pour faire reculer en mêlée les autres équipes…pour donner à Parra la possibilité d’inscrire trois points. Voilà où nous en sommes aujourd’hui avec le XV de France…totalement impuissant quand en face l’équipe ne recule pas en mêlée. Hier soir, combien de pénalités concédées par les Sud-Africains ? Très peu, donc une seule tentative (ratée) pour Parra jusqu’à son remplacement par Doussain.

Un Doussain qui a immédiatement apporté sa vitesse et son punch à cette équipe, mais qui est entré sur le terrain à 13 mn de la fin du match !  Bon j’arrête là, car certains vont croire que j’ai une animosité personnelle contre Parra, ce qui est archifaux car je ne connais absolument pas ce joueur. Et d’ailleurs, dans cette affaire, Parra n’est-il pas finalement une victime, en étant constamment la cible des amateurs de rugby, ne comprenant pas qu’on puisse sélectionner un joueur uniquement pour la qualité de ses coups de pied placés? J’ai bien écrit pour ses coups de pied placés, parce que son jeu au pied est faible par ailleurs. Cela étant, le jeune homme s’y retrouve aussi en bénéficiant d’une notoriété infiniment supérieure à celle d’autres joueurs plus talentueux que lui, mais qui n’ont pas eu la chance de bénéficier aussi longuement de la confiance et la mansuétude des sélectionneurs. Parra peut faire n’importe quelle « boulette », il sera toujours sélectionné. Quel contraste avec l’époque où, pour une passe déviée par un coup de vent (Galles-France 1966), on virait comme des malpropres trois des plus grands joueurs de l’histoire de notre rugby (les Boniface et Gachassin). A l’époque on ne pardonnait rien aux artistes, ce qui est encore le cas de nos jours (voir la carrière de Michalak)…mais Parra n’a pas de souci à se faire, car ce n’est pas un artiste du rugby.

Michel Escatafal


Kockott-Talès : une charnière pour le XV de France en 2015?

C.O.Avant de parler du match d’hier soir entre la France et la Nouvelle-Zélande, je voudrais simplement souligner le classement des buteurs du championnat de France de Ligue 1. Pourquoi ? Tout simplement parce que les trois premiers de ce classement sont trois des tous meilleurs attaquants de la planète football, à savoir Cavani, Falcao et Ibrahimovic. Qui a dit que la Ligue 1 n’est pas attractive ? Certes, pour le moment il n’y a que de deux clubs qui peuvent se payer de telles vedettes, le PSG et l’AS Monaco, mais est-ce très différent dans les autres pays ? Combien de clubs en Espagne peuvent rivaliser avec le Real et le Barça ? Un seul, et encore à certains moments : l’Atlético de Madrid. Idem pour l’Allemagne, où le Bayern écrase tout. Seule l’Angleterre a un petit cercle d’équipes, mais au classement final on retrouve toujours les deux Manchester, Chelsea, et ensuite Arsenal, voire Liverpool cette année. Reste le cas de l’Italie…qui n’a plus les moyens de faire venir de grandes stars, et où s’opère un nivellement par le bas, derrière la Juventus.

Un dernier mot sur le sujet, pour noter qu’il ne faut jamais juger un joueur arrivant dans un nouveau championnat sur ses premières prestations. On s’était enflammé à propos des débuts de Pastore au PSG il y a deux ans, avant de l’enterrer sans doute beaucoup trop vite. La preuve, pour sa vraie rentrée hier contre l’OGCN, après presque un mois et demi sans jouer, il a été très bon. Quant à son équipier Van der Wiel, international néerlandais et finaliste de la dernière Coupe du Monde, tout le monde parlait d’un flop terrible, avant de s’apercevoir que cette année il flambe dans l’équipe du PSG version Blanc, comme en témoignent ses six passes décisives cette saison, des passes décisives qui font le bonheur de Cavani et Ibrahimovic. Conclusion, mieux vaut éviter les jugements hâtifs sur les nouveaux arrivants dans un club…ce que les médias ont du mal à comprendre.

Voilà pour cette introduction sur le football, certes un peu longue, mais nécessaire quand on lit ce qui se dit un peu partout dans les journaux sportifs, avec en plus les commentaires de forumers souvent incultes sur le sport qu’ils commentent ce qui, toutefois, n’est pas toujours le cas, notamment sur le rugby. Et cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer le match d’hier soir entre la France et la Nouvelle-Zélande. Un match que les Français ont perdu, sans avoir été dominés. Un match qu’ils auraient pu gagner avec sans doute un peu plus d’ambition au départ, comme je le soulignais récemment. Un match qui montre à quel point les Français forment une équipe dangereuse…quand on ne les attend pas, et contre les meilleurs. Un match aussi, qui a clairement souligné les forces et les faiblesses de notre équipe en vue de la Coupe du Monde dans deux ans. Au fait, serons-nous prêts pour cette compétition à laquelle les Néo-Zélandais, mais aussi les Sud-Africains, les Australiens et les Anglais se préparent dans le calme, comme seules savent le faire les grandes nations, à l’exception de la France, seule grande nation de rugby à n’avoir pas gagné la plus prestigieuse des compétitions, dont elle fut pourtant à l’origine de sa création (Président Ferrasse).

En écrivant ces lignes j’ai l’impression d’avoir tout dit ou presque sur la rencontre d’hier soir, ce que certains trouveront un peu réducteur, mais qui est certainement très pertinent. Oui, le XV de France pouvait gagner ce match. Oui, les Néo-Zélandais n’ont jamais été très sereins dans cette rencontre. Oui, les Français ont été battus sur deux ou trois actions qu’ils n’ont pas su convertir en points au tableau d’affichage, contrairement aux All Blacks qui n’ont pas besoin de beaucoup d’occasions pour y parvenir, à commencer par leur magnifique buteur, Dan Carter, lequel d’ailleurs est aussi et surtout un merveilleux joueur de rugby. Voilà où se situe la différence entre les All Blacks et les Bleus, les All Blacks n’étant pas les seuls à les battre dans les matches à gros enjeu. Et quand le XV de France bat la Nouvelle-Zélande, il est généralement défait par la suite, comme si en franchissant cet Everest, on avait l’impression qu’il ne savait pas en redescendre. Rappelons-nous la Coupe du Monde 2007, mais aussi celle de 1999 !

Sur le plan des joueurs, qu’ai-je retenu de cette soirée au Stade de France ? D’abord que nous avons toujours une mêlée très solide. Les années passent, mais c’est une constante pour le XV de France de mettre en difficulté tous ses adversaires sur cette phase de jeu…où il marque l’essentiel de ses points grâce aux pénalités qu’il récolte. Preuve au passage, que ceux qui critiquent l’apport des étrangers dans nos clubs de Top 14 on tort, puisque, arrivée de grands joueurs de l’hémisphère Sud ou pas, notre mêlée est dominatrice, y compris avec des piliers qui ne jouent pas nécessairement tous les matches du Top 14. Ensuite j’ai beaucoup aimé la partie de l’arrière Brice Dulin , sorte de feu-follet surdoué, qui adore relancer à la main comme le font ou l’ont fait les meilleurs à son poste. Autre surdoué, le centre Fofana, que je comparerais un peu à Jacky Bouquet, un nom qui parlera à ceux qui ont appris à jouer au rugby dans les années 50 ou 60. Pourquoi cette comparaison avec le fameux ouvreur ou trois-quart centre du CS Vienne ? Parce qu’outre ses dons d’attaquant, il a aussi comme seul défaut de « vouloir y aller seul » et d’oublier ceux qui sont auprès de lui. Cela étant, Fofana a seulement 25 ans, et donc tout l’avenir devant lui. En outre, tel qu’il est aujourd’hui, cela reste un « monstre » à son poste, car il défend aussi très bien, ce qui fait qu’il n’a guère d’équivalent dans le monde. Et comme Fritz a lui aussi fait un très bon match, notamment en défense, voilà le XV de France paré au centre jusqu’à la Coupe du Monde. N’oublions pas que Fritz (30 ans en janvier) forma avec Jauzion une paire de trois-quarts centre digne des meilleures de l’histoire de notre rugby.

J’ai aimé aussi la prestation du troisième ligne Lauret, jeune joueur hyper actif opérant au Racing-Métro, club qui, par parenthèse, recrute de nombreuses stars étrangères. Lauret a fait un gros match, la seule restriction à son encontre étant qu’il lui faut canaliser son énergie pour éviter des fautes coûteuses en points. Mais il n’a que 24 ans, ce qui autorise tous les espoirs. Rémi Talès en revanche n’est plus un espoir, mais c’est un ouvreur qui m’a étonné hier par sa solidité et par sa manière d’attaquer la défense all black. On voit qu’il a commencé sa carrière au Stade Montois, sorte de temple du rugby offensif. Il avait déjà été très bon en finale du championnat de France contre le RC Toulon en juin dernier, passant deux drops dans les dix dernières minutes. En outre son entente avec le demi de mêlée Kockott est excellente. Et si c’était ça l’avenir du XV de France avec la charnière castraise, d’autant que Kockott est un excellent buteur ? A condition cependant que Kockott opte pour l’équipe de France en 2014, et surtout à condition qu’il soit sélectionné par Philippe Saint-André, ce qui voudrait dire se passer de l’inévitable Morgan Parra.

Morgan Parra, parlons-en justement. Je ne voudrais surtout pas que l’on croit que je fais une fixation sur ce demi de mêlée, d’autant que je ne le connais que comme spectateur ou téléspectateur de rugby. Cela dit, soyons sérieux, sa prestation hier encore n’était pas du niveau d’un numéro neuf international. Qu’on le veuille ou non, Parra ne sera jamais un grand demi de mêlée, ralentissant tous les ballons d’attaque, faisant toujours le pas de trop, et extrayant les ballons avec une désespérante lenteur. Il n’a, me dira-t-on, pas encore 25 ans, mais il est ainsi depuis ses débuts en Equipe de France, et même s’il est très courageux en défense, même s’il a un tempérament batailleur (parfois trop !), même s’il est « malin » comme le souligne souvent le commentateur de France 2, c’est quand même insuffisant pour ne pas trouver meilleur que lui dans le pays. En fait, comme je ne cesse de le préciser, son seul véritable atout est sa fiabilité comme buteur jusqu’à 45 m des poteaux. C’est la raison pour laquelle je ne lui en veux nullement d’avoir manqué une pénalité aussi facile que cruciale hier soir, juste avant la mi-temps. Après tout, cela ne lui arrive quasiment jamais, et tous ceux qui ont buté dans leur vie de rugbyman réagiront comme moi.

Malheureusement il n’a pas manqué que ce coup de pied, à commencer par ceux qu’il a délivrés derrière sa mêlée, toujours trop longs. Il y a aussi cette mêlée à cinq qu’il a provoquée en première mi-temps où sa légendaire lenteur est apparue de manière criante, comme elle est apparue en deuxième mi-temps où il se fait reprendre dans la course par un joueur adverse dans ses vingt deux mètres. Bref, Parra n’est pas l’homme qu’il faut au XV de France pour la prochaine Coupe du Monde. Un dernier mot enfin à ce sujet : pourquoi, hier soir, Saint-André a-t-il fait rentrer Doussain à deux ou trois minutes de la fin ? Encore un mystère du sélectionneur, à moins de se dire qu’il espérait un improbable coup de folie du Toulousain, preuve qu’il savait bien que c’était impossible avec Parra. Folie, un mot totalement incompatible avec le jeu du joueur clermontois, mais un mot qui a caractérisé les plus belles heures du XV de France…et la peur qu’il a toujours inspiré à ses adversaires, y compris aux plus forts.

Michel Escatafal


La professionnalisation du rugby n’a pas que des aspects positifs

StadeLe rugby se professionnalise de plus en plus, et cette professionnalisation se fait à marche forcée, même si cela se passe souvent dans un joyeux désordre. J’y reviendrais, mais avant je veux évoquer la suspension de Morgan Parra pour quatre semaines, ce qui fait qu’il manquera plusieurs matches importants avec son club…et l’Equipe de France. Est-ce une mauvaise nouvelle pour le XV de France ? Sans doute pas, car cela pourrait permettre de voir ce que valent réellement au plus haut niveau des joueurs comme Doussain ou Pelissié, deux avions à réaction au poste de demi de mêlée. Si j’ai employé ce terme « d’avions à réaction », c’est parce que ces deux jeunes joueurs font un excellent début de saison, en démontrant des qualités de vitesse et d’accélération qui manquent cruellement à la panoplie de joueur de Morgan Parra, ce dernier étant pour moi essentiellement un excellent buteur (voir l’article : Parra est-il un grand demi de mêlée ? C’est surtout un remarquable buteur). Ce qui ne l’empêche pas de compter plus de 50 sélections à son actif à 25 ans à peine…chiffre hallucinant à mes yeux et à ceux de nombre d’amateurs de rugby, qui ont vu passer dans notre pays de très grands demis de mêlée qui en comptaient à peine le quart ou la moitié à la fin de leur carrière (Danos 18, Lacroix 28, Max Barrau 16, Astre 12, Gallion 27…). En outre cette suspension est tout à fait légitime sur le plan disciplinaire, car il est quand même anormal pour un joueur international aussi connu de se battre à coups de poings avec un joueur adverse. Et il est tout aussi anormal de voir le staff de l’ASM Clermont affirmer que la sanction est trop lourde, et encourager Parra à faire appel.

Autre sujet qui m’a interpellé hier : le Stade Toulousain et le Racing-Metro vont s’affronter…à Hong-Kong le 9 novembre, jour du premier test de la tournée d’automne de la Nouvelle-Zélande. Et après on nous dira que les joueurs sont trop sollicités et qu’ils ne peuvent pas se reposer! Au fait, combien y-a-t-il de décalage horaire entre Paris ou Toulouse et Hong-Kong ? Réponse : six heures, ce qui n’est pas rien. En tous cas il ne faudra pas trop venir nous bassiner avec la fatigue des joueurs du Top 14, même si je comprends parfaitement que ce déplacement soit une bonne affaire pour les deux clubs en termes financiers. D’ailleurs, une telle opération est rare en pleine saison dans le football, sport pourtant hyper professionnalisé. Il est vrai qu’au football des Cavani, Falcao, Lavezzi, Thiago Silva ou Maxwell sont habitués avec leur sélection nationale à parcourir le monde de long en large, ce qui ne donne pas envie à leur club d’infliger à ceux qui restent une telle fatigue.

Passons, en notant qu’aux yeux des promoteurs de ce lointain déplacement, pareille opération est  un nouvel axe de développement pour le rugby en général et le Top 14 en particulier, en espérant qu’à l’avenir elle soit organisée avant le début de la saison…ce à quoi j’espère qu’on a pensé pour l’avenir. Cela étant, ce n’est pas une mauvaise idée, car ce pourrait être gagnant-gagnant pour le rugby et les clubs, avec pourquoi pas des rencontres de pré-saison sur place à Hong-Kong, Singapour, en Chine ou au Japon entre des clubs du Top 14 ou du championnat anglais. En écrivant cela, je me dis que ceux qui ont connu le rugby amateur il y a 30 ou 40 ans, voire plus, doivent trouver que ce sport a quand même beaucoup évolué depuis une vingtaine d’années…même si les plus jeunes regrettent que le rugby ne soit pas encore au niveau du football.

Il s’en rapproche quand même un peu, et si j’écris cela c’est parce que le budget des meilleurs clubs du Top 14 se compare de plus en plus avec celui de nombre de clubs de Ligue1, et dépasse celui de la totalité des clubs de Ligue 2. Certes on est à des années-lumière du PSG (400 millions d’euros), voire même de l’Olympique Lyonnais et l’AS Monaco (environ 130 millions) ou de l’Olympique de Marseille (125 millions), mais ces clubs sont eux-mêmes très au-dessus des autres. Par exemple le champion de France 2012, le MHSC (Montpellier), qui a le dixième budget de Ligue 1 (39 millions), se situe juste au-dessus de celui du Stade Toulousain, premier du Top 14 (35, 5 millions), quatre autres clubs du Top 14 (ASM Clermont, Stade Français, RC Toulon et Racing-Métro) étant au-dessus des trois derniers clubs de Ligue 1.

Et cette évolution semble irréversible puisque la Ligue de rugby va renégocier les droits télévisés en demandant des sommes infiniment plus considérables que celles d’aujourd’hui. En effet, aujourd’hui Canal+ paie 32 millions d’euros pour diffuser le Top 14, alors que la Ligue de rugby en demande 125 millions…pour en obtenir 80 ou 90, compte tenu de l’arrivée sur le marché de beINSport (qui diffuse déjà le rugby à XIII), la chaîne qatarienne pouvant aussi se partager le marché avec Canal+ ou Eurosport. Bref, le Top 14 va bénéficier à partir de l’an prochain de rentrées d’argent très importantes, qui vont largement améliorer son train de vie. Cela permettra à ses clubs de s’offrir davantage de vedettes de l’hémisphère Sud, ce qui me réjouit, et d’améliorer sa visibilité, puisqu’à ce jour moins de 10% des finances des clubs professionnels de rugby dépendent des droits télé contre 65% au football, lequel touche un peu plus de 600 millions d’euros actuellement et sans doute beaucoup plus à l’avenir. A noter aussi que les droits de retransmission du championnat de rugby anglais rapportent environ 190 millions d’euros…ce qui est quand même le double des recettes attendues du Top 14, championnat largement aussi attrayant que le championnat anglais.

En attendant, j’espère que tout cet argent qui va se déverser sur le Top 14 dans les prochaines années, permettra à ses clubs d’être plus reconnaissants vis-à-vis des spectateurs, qui achètent leurs billets de plus en plus chers à quelques exceptions près. Si je dis cela, c’est parce qu’on a l’impression qu’à cause d’un calendrier démentiel avec les matches internationaux, les clubs n’alignent que rarement leur meilleure équipe avant les phases finales. Mieux même, ils semblent évaluer leurs chances de gagner en fonction des matches, faisant presque l’impasse face aux cinq ou six plus grosses équipes du Top 14. Difficile en effet de battre le Stade Toulousain au stade Ernest Wallon, ou l’ASM Clermont Auvergne au stade Michelin de Clermont-Ferrand, alors à quoi bon envoyer sa meilleure équipe, celle-ci devant être au maximum de ses possibilités quand le printemps arrive, avec les matches couperets des phases finales du Top 14 et de la Coupe d’Europe.

C’est un phénomène que l’on peut comprendre, mais dans ce cas il faut réformer le calendrier et passer au TOP 12 ou au Top 10 en supprimant deux ou quatre équipes de l’élite. Si je dis cela, c’est parce que les spectateurs trouvent que le prix des places en tribunes, y compris les tribunes les moins confortables, sont à des niveaux très élevés pour un sport qui se veut populaire, de l’ordre de 13 à 52 euros à Clermont, 17 à 70 à Ernest-Wallon, voire même plus à Mayol à Toulon…des tarifs proches de ceux du Parc des Princes à part un nombre de places limitées plus chères dans l’enceinte du PSG. Et oui, c’est cela aussi le rugby professionnel, et c’est pour cela que j’écrivais sur ce site (Le rugby pro ne peut exister que dans les grandes villes) que, dans les 10 ou 15 ans à venir, il n’y aura plus dans notre championnat que des clubs situés dans les grandes villes, les autres passant nécessairement à la trappe, ce qui n’empêchera peut-être pas, par-ci, par-là, un club d’une petite ville de devenir champion de France, mais cette situation ne pourra pas s’inscrire dans la durée, car le pouvoir de l’argent sera le plus fort.

Michel Escatafal


Michalak, encore un surdoué controversé…en France

MichalakEt si l’on continuait à parler rugby après la victoire de Toulon en Coupe d’Europe, après aussi une finale 100% française ! Aujourd’hui je voudrais évoquer le cas d’un joueur parmi les plus controversés de notre rugby national, Frédéric Michalak. Au fait, pourquoi est-il controversé ? Tout simplement parce qu’il a la grande classe, et dans notre pays un joueur de très grande classe, surtout s’il opère dans les lignes arrières fait rarement l’unanimité. Il suffit de se rappeler, pour les plus anciens, tout ce qu’ont enduré les frères Boniface en leur temps, puis Jean Gachassin quand il est passé à l’ouverture, mais aussi Jo Maso, ou encore Max Barrau, demi de mêlée qui fit l’admiration des All Blacks eux-mêmes, sans oublier Richard Astre, Jérôme Gallion, autre numéro 9 de grand talent qui fit partie de l’équipe qui triompha des Néo-Zélandais chez eux pour la première fois (14 juillet 1979) dans l’histoire du XV de France, ni Alain Caussade, demi d’ouverture de Lourdes et du XV de France, qui lui aussi appartint à l’équipe victorieuse des All Black en 1979, et tant d’autres encore, comme Didier Codorniou, Didier Camberabero, et plus près de nous Jean-Baptiste Elissalde, tous ces joueurs ayant pour particularité d’être des surdoués.

Bien entendu Frédéric Michalak, appartenant à cette catégorie de joueurs exceptionnels, eut droit lui aussi aux multiples controverses dont se gargarisent les Français, qu’ils soient dirigeants, sélectionneurs, journalistes et supporters. C’est la raison pour laquelle il m’arrive de dire que les Gallois Gareth Edwards et Barry John, ou encore Jonny Wilkinson, ont eu la chance de ne pas naître dans notre pays, car je suis persuadé qu’ils auraient souffert de cet ostracisme que l’on manifeste si facilement vis-à-vis des génies du jeu. Et si en plus ils sont aussi élégants que talentueux sur le terrain, alors là c’est la curée pour eux dès leur première faute, surtout si celle-ci coûte la victoire dans le Tournoi, comme en 1966 à Cardiff. Peu importe dans ces cas-là leur apport dans le jeu, ni la faculté qu’ils ont d’électriser le public par leur maestria. Non, on préfère et on préfèrera toujours dans notre pays de bons ouvriers à un magicien du jeu. D’ailleurs, quitte à me répéter, on remarquera que Morgan Parra, pour ne citer que lui, compte plus de 50 sélections à moins de 25 ans, alors qu’il est loin de faire l’unanimité à son poste de demi de mêlée. A ce propos, je ne voudrais qu’on imagine que je fais moi-même ce que je reproche à d’autres, à savoir faire une fixation sur ce joueur. Non, simplement je veux souligner que Parra est loin d’avoir la classe d’un Fred Michalak à la mêlée, et même sans doute d’un Doussain, lequel n’a été qu’une seule fois international à 22 ans, ce qui ne l’empêche pas d’avoir presque supplanté au Stade Toulousain l’Australien Burgess, qui compte 37 sélections avec l’équipe d’Australie.

Fermons cette longue parenthèse et revenons à Frédéric Michalak, pour souligner que ce qui l’a desservi est d’abord sa polyvalence. Michalak est-il un demi d’ouverture ou un demi de mêlée ? Si l’on regarde sa carrière, on serait tenté de dire qu’il est d’abord un demi d’ouverture, sauf qu’à la base c’était plutôt un demi de mêlée. C’est Bernard Laporte qui en a fait un demi d’ouverture en le sélectionnant à l’ouverture du XV de France à l’âge de 20 ans. Il est vrai qu’à ce moment le titulaire du poste à la mêlée dans le XV de France s’appelait Fabien Galthié, et que ce dernier était indiscutable dans l’optique de la Coupe du Monde 2003. Et cette décision allait être très lourde de conséquences pour Michalak et le XV de France.

En effet, elle allait faire de Michalak un demi d’ouverture à la fois au stade Toulousain et dans le XV de France. Le plus amusant à propos du Stade Toulousain, est que l’on avait à l’époque (au milieu des années 2000) une paire de demis composée d’un demi de mêlée reconverti à l’ouverture, Frédéric Michalak, et d’un demi d’ouverture reconverti demi de mêlée, Jean-Baptiste Elissalde…qui par parenthèse redeviendra ouvreur après la signature de Byron Kelleher, le demi de mêlée de l’équipe de Nouvelle-Zélande, ce dont fera les frais Frédéric Michalak, barré et par l’un et par l’autre. A cela s’ajoutent quelques blessures plus ou moins longues qui vont gâcher la vie de notre surdoué, chaque fois au moment où il retrouvait la grande forme. Décidément, on dirait que la vie n’est jamais facile quand on est un génie du jeu, comme s’il y avait une malédiction pour ce type de joueurs !

Après deux séjours en Afrique du Sud, pays dont il est devenu une vedette incontestée, ce qui signifie quand même quelque chose dans cette nation ayant toujours figuré au sommet du rugby mondial, notamment grâce à ses deux titres mondiaux, il reviendra en France, la première fois avec un retour au Stade Toulousain…où on ne l’attendait pas nécessairement comme le messie, et la seconde fois avec une signature au RC Toulon, club dans lequel il a presque retrouvé ses couleurs d’antan, notamment parce qu’il y fut repositionné à la mêlée, en raison évidemment de la prééminence de Wilkinson à l’ouverture. Hélas pour lui, malgré d’excellentes prestations à la mêlée, il sera de nouveau sélectionné dans le XV de France à l’ouverture, le poste de demi de mêlée étant réservé en priorité…à Morgan Parra, même si ce dernier a dû subir la concurrence de Machenaud l’espace de quelques matches en novembre et au début du Tournoi de cette année.

Hélas pour Michalak, j’ai bien peur qu’il en sera ainsi tant que Saint-André sera sélectionneur, s’il est sélectionné (parce qu’il faut s’attendre à tout), Saint-André s’obstinant à ne voir Michalak qu’à l’ouverture, au moment où Laporte lui-même s’est aperçu que c’était avant tout un numéro 9 de grande classe. Résultat, le XV de France continuera ses tâtonnements au niveau de la charnière, ce qui mettra en fureur nombre de supporters de notre équipe nationale, et ce qui nous empêchera de remporter enfin cette Coupe du Monde que nous attendons depuis 1987, la France étant la seule des grandes nations de rugby à ne pas l’avoir gagnée.  Pour mémoire je rappelle que le prédécesseur de Saint-André, Marc Lièvremont, avait aligné en finale de la Coupe du Monde 2011 une paire de demis composée de Yachvilli à la mêlée et Parra à l’ouverture, Michalak n’ayant pas été sélectionné alors pourtant qu’il brillait avec les Sharks sud-africains, étant même le meilleur réalisateur de la Currie Cup. Résultat, victoire en finale de la Nouvelle-Zélande par le plus petit des scores (8-7), alors que les Français étaient les plus forts. A pleurer de rire !!!

Michel Escatafal


Les Français n’aiment pas les joueurs géniaux…

michalakVoilà, il n’y a pas eu de miracle, l’équipe de France de rugby n’a pas pu battre celle d’Angleterre, ce qui est finalement assez logique, l’orgueil ne suffisant pas pour faire une grande équipe. Mais le plus étonnant réside dans les commentaires que nous pouvons lire de la part des journalistes et des forumers, notamment à propos des performances de la charnière Parra-Trinh-Duc. Celle-ci, en effet, semble poser un problème insoluble, parce que cela fait quatre ans bientôt qu’on a la même (ou presque) et qu’on se pose toujours la question de savoir si c’est la bonne ou pas. D’ailleurs, le seul fait de se poser la question depuis si longtemps est significatif de quelque chose qui cloche, mais apparemment les sélectionneurs ne sont pas de cet avis. Philippe Saint-André, et nombre d’entre nous, croyaient en avoir trouvé une autre (Machenaud-Michalak) à l’occasion de la tournée en Argentine l’an passé et lors des tests de novembre, mais aujourd’hui plus grand-monde ne semble lui faire confiance…sans qu’elle ait vraiment démérité.

En évoquant les tests de novembre, je voudrais dire d’abord qu’ils auront été de la poudre aux yeux quant à la valeur réelle de l’équipe de France, version Saint-André. Si j’écris cela, c’est parce qu’on a considéré nos victoires sur l’Australie ou l’Argentine comme de très grandes performances, alors que ce n’était pas vraiment le cas. Cependant ces victoires ont été remportées aussi, parce que nos joueurs disposaient encore d’une certaine fraîcheur, qui aujourd’hui manque cruellement à nos internationaux. Cela signifie qu’avant de se pencher sur le cas des joueurs, il faut impérativement qu’on se penche sur le problème du calendrier, si l’on veut qu’un jour le XV de France remporte enfin la Coupe du Monde. Au passage, comme je ne cesse de l’écrire, la France est la seule grande nation de rugby à ne pas avoir gagné cette épreuve, malgré sa présence trois fois en finale (1987, 1999 et 2011).

Et puisque je parle de la Coupe du Monde, comme je l’écrivais dans un article précédent, nous avons déjà perdu deux ans pour former une équipe susceptible de la gagner en 2015. Deux ans à chercher des joueurs à certains postes, deux ans à improviser, alors que les Anglais ou les Gallois travaillent avec des joueurs qui ont déjà un vécu ensemble, tout en emmagasinant de l’expérience, ce qui fera de l’Angleterre et du Pays de Galles deux formations redoutables et redoutées en 2015, y compris pour les trois grosses équipes de l’hémisphère sud (Nouvelle- Zélande, Australie, Afrique du Sud). En revanche l’équipe de France en sera toujours à essayer des joueurs, quitte à ne pas les mettre à leur véritable poste, comme ce fut le cas de Fofana pour les deux premiers matches de ce Tournoi des 6 nations.

Fofana justement, qui a éclaboussé le match Angleterre-France de toute sa classe, et qui a marqué un essai fantastique. Il y avait bien longtemps que notre rugby n’avait pas trouvé une telle pépite dans ses clubs…ce qui ne peut que nous faire craindre pour lui, quand on pense à la manière dont nos sélectionneurs, quels qu’ils soient,  ont traité de tout temps nos purs talents, le dernier en date étant Michalak.  Cela étant, on a les sélectionneurs que l’on mérite, quand on voit la manière dont on critique le joueur toulonnais, parce qu’une de ses passes a été interceptée peu après son entrée en jeu hier après-midi. Pour un peu on croirait que c’est lui qui fait perdre le match à l’équipe de France, alors que notre équipe était déjà menée quand il est entré, qu’elle avait manqué deux occasions par Parra de meubler le score, et qu’elle commençait à prendre l’eau. Que je sache, même si notre pack a été performant en mêlée et en touche en première mi-temps, même si notre équipe semblait avoir plus de hargne que face aux Italiens ou aux Gallois, même si elle avait contrarié au prix d’énormes efforts en défense l’équipe anglaise, elle n’avait marqué qu’un essai, certes extraordinaire, mais qui était dû uniquement à la classe folle de Fofana, un essai qu’il n’aurait pas marqué, entre parenthèse, s’il avait été sélectionné à l’aile.

Tout cela pour dire que Michalak ne mérite pas les quolibets qu’il endure de la part de nombreux détracteurs qui sont dans la réaction sur une ou deux actions entreprises, plutôt que dans la réflexion. Cela dit, pour ce qui me concerne, je ne mange pas de ce pain, car pour moi Michalak est sans doute le seul attaquant  de cette équipe, avec Fofana, à soutenir la comparaison avec les plus grands. Michalak, c’est une sorte de Gachassin à l’époque où il opérait à l’ouverture (au milieu des années 60), c’est-à-dire un demi d’ouverture complet, parfait pour construire les attaques, de surcroît très bon défenseur, capable à tout moment de renverser le cours d’un match sur une inspiration de génie. En écrivant ces lignes, cela me fait penser à ce qu’a écrit un forumer sur le site d’un journal de sport, où il semblait indiquer que la paire Yachvilli-Parra, mise en place par Lièvremont pendant la Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande, avait permis à l’équipe de France d’arriver jusqu’en finale. Comme si l’on pouvait comparer la classe de Michalak avec celle de Parra !

Michalak est un artiste qui a du rugby plein les mains, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un jeu au pied correct et d’être excellent dans les tirs au but, et je pense qu’il peut être très complémentaire avec Machenaud, lui aussi très rugby…à condition de leur faire confiance. Pourquoi Saint-André a-t-il sorti Machenaud après à peine une heure de jeu contre l’Italie et 50 minutes contre le pays de Galles, alors qu’à chacune de ces rencontres il avait réussi une échappée qui aurait pu valoir un essai ? Parra n’a jamais eu, et n’aura jamais cette capacité à mettre le feu dans une défense adverse, par manque de vitesse. En outre, à chaque lancement, les trois ou quatre foulées que fait Parra avant de donner son ballon n’apportent rien, et surtout permettent aux défenseurs de disposer d’un supplément de temps pour s’organiser en défense. Bref, Parra est un très bon demi de mêlée, comme je l’ai indiqué dans un article précédent que je lui ai consacré, mais par rapport à un J.B. Elissalde, à qui certains veulent le comparer, il lui manque tout simplement la grande classe.

Voilà quelques réflexions personnelles sur le match d’hier, en regrettant que notre rugby et son équipe nationale vivent dans l’improvisation perpétuelle. En regrettant aussi que l’on offre à certains internationaux une confiance que l’on n’offre pas à d’autres, même si ce mal est récurrent chez nous depuis des dizaines et des dizaines d’années. Combien avons-nous usé de joueurs hors-normes qui auraient eu leur place partout ailleurs dans le monde ? Si Wilkinson, Carter, Kelleher ou Genia étaient né français, auraient-ils fait la même carrière en équipe de France que dans celle de leur pays ? Je n’en suis pas sûr du tout, parce que nous avons en France l’art et la manière de mettre une énorme pression sur nos joueurs les plus doués. Certains y survivent, comme Sella ou Jauzion, d’autres non. C’est pour cela que je suis inquiet à propos de Fofana, alors que s’il était néo-zélandais, il aurait sa place assurée pour dix ans chez les All Blacks.

Michel Escatafal


Les anni horribiles du XV de France – Partie 2

France-Ecosse 1969Une autre année difficile aura marqué durablement les amateurs de rugby de notre pays, l’année 1969, sans doute un des épisodes les plus caractéristiques de l’inconstance des Français au plus niveau. Rappelons-nous de l’année 1968, avec le premier grand chelem réussi par le XV de France dans le Tournoi. Certes, il fut acquis dans la douleur, certes d’autres XV de France tels que ceux de 1955, 1958, 1959, 1960 ou 1966 auraient sans doute mérité de l’obtenir, mais le résultat était là : l’équipe de France avait battu la même année les quatre nations britanniques. En outre, sa tournée en Nouvelle-Zélande avait été très convaincante, malgré trois défaites (12-9, 9-3 et 19-12) qui n’avaient rien d’humiliant dans la mesure où les Français ont été surtout battus par l’arbitre lors du premier et du troisième test. Un troisième test où les Maso, Trillo, Dourthe, Lux et Campaes, ont laissé un souvenir doré dans ce pays qui ne vit que par, pour et avec le rugby. Enfin, même battu par l’Afrique du sud dans ses tests de novembre (12-9 et 16-11) le XV de France n’avait nullement démérité et s’imposait comme le grand favori du Tournoi 1969.

Hélas, les Français, qui avaient donné tellement de promesses en Nouvelle-Zélande, allaient accumuler les déceptions, avec pourtant une équipe sans doute nettement meilleure que celle qui avait réalisé le grand chelem un an avant. Il suffit pour cela de regarder la composition de l’équipe qui joua contre l’Ecosse le 11 janvier 1969, avec Villepreux à l’arrière, une ligne de trois-quarts composée de J. M.  Bonal, Lux, Maso, Campaes et une charnière Gachassin et Bérot. Aucune autre équipe au monde n’était capable d’aligner autant de purs talents dans les lignes arrières! Et devant ce n’était pas mal non plus, avec Carrère, Dauga et Spanghéro (suite au forfait de dernière minute de Salut) en troisième ligne, plus Lasserre et Cester en seconde ligne, et enfin une première ligne composée de Yachvilli (père de Dimitri) au talonnage entouré par Esponda et Iraçabal.  Résultat, une défaite à Colombes contre l’Ecosse (6-3) malgré les très nombreux ballons utilisés par nos trois-quarts, peu aidés il est vrai par l’arbitrage pointilleux d’un arbitre anglais, puis une autre contre l’Irlande (17-9) pourtant privée de son meilleur joueur, Mike Gibson, les Français ne sachant jamais comment contenir la furia irlandaise. Et malgré huit changements, Bérot et Gachassin étant évincés et Spanghero refusant de jouer parce qu’il n’approuvait pas l’attitude de certains de ses coéquipiers, les Français s’inclinaient lourdement en Angleterre (22-8) et surtout trois essais contre un.

Trois défaites en trois matches, de quoi déclarer la patrie en danger, à tel point que le président Pompidou réclama le retour de Spanghero…et pas seulement je suppose parce que Spanghero n’a jamais caché ses sympathies politiques. En tout cas notre président fut écouté, et Spanghero retrouva sa place comme troisième ligne centre avec à ses côtés un autre Narbonnais, Viard, l’Agenais Biémouret étant l’autre avant-aile. Au total d’ailleurs il y aura 5 Narbonnais dans l’équipe, avec la charnière composée de Sutra-Maso, ainsi que le talonneur Bénésis. En face les Gallois, dont l’équipe allait dominer la planète rugby dans les années suivantes avec leur fameuse paire de demis Edwards-John, mais aussi JPR Williams à l’arrière, ou encore les avants Davies, Thomas, Price ou Lloyd, faisaient figure de grands favoris. Ils justifièrent ce statut en marquant deux essais en première mi-temps, par Gareth Edwards et l’ailier Richards, dont un fut transformé, ce qui faisait 8-0 à la mi-temps. Mais les Français ne se décourageaient pas, et après un beau mouvement d’ensemble, Campaes, le magnifique ailier lourdais,  marqua un essai au pied des poteaux, ce qui, avec la transformation et une pénalité réussie peu avant par Villepreux, permettait aux Français d’obtenir le match nul, malgré une intense domination galloise dans les dernières minutes de jeu. Ouf, la France marquait un point dans ce Tournoi, et évitait une onzième défaite consécutive ! Un an plus tard, le XV de France remportera le Tournoi à égalité avec les Gallois, en écrasant l’Angleterre (35-13) avec à la clé un essai de 100 mètres marqué par J.M. Bonal. Comme quoi, il ne faut jamais s’étonner de rien avec notre équipe !

Enfin, il y a une autre année qui aura laissé un très mauvais souvenir aux supporters français, 1982. Cette année-là le XV de France s’annonçait comme le favori du Tournoi, dans la mesure où il avait réalisé son troisième grand chelem l’année précédente. Certes il avait eu un peu de chance et n’avait rien d’irrésistible comparé à certains autres,  comme en témoignent ses défaites contre l’Australie pendant la tournée d’été et contre les Néo-Zélandais lors des tests automnaux, mais en Europe le XV de France semblait le meilleur, ce qu’il n’allait pas confirmer dans le Tournoi, en débutant par deux défaites contre Galles à Cardiff et contre l’Angleterre au Parc des Princes, plus une encore plus calamiteuse contre l’Ecosse à Murrayfield. Mais, contre l’Irlande, qui venait de remporter ses trois premiers matches, les Français allaient soudain se réveiller pour l’emporter à Paris (22-9), en marquant deux essais, alors que les Irlandais devaient se contenter de trois pénalités, pleurant sur leur grand chelem perdu. La France était-elle redevenue une grande équipe ? Sans doute pas, dans la mesure où à l’automne les Français s’inclinèrent à Bucarest contre la Roumanie (13-9), avant de s’imposer deux fois contre l’Argentine, à Toulouse (25-12) et à Paris (13-6), loin d’être à l’époque à son niveau de ces dernières années.

Il faut dire que tout au long de cette année 1982, Jacques Fouroux, qui présidait aux destinées de l’équipe de France avait multiplié les essais, avant de trouver enfin la bonne formule…l’année suivante. Lors du premier match à Cardiff, le 6 février 1982, Fouroux avait essayé de faire ce qui avait si bien réussi en 1958, en composant une ligne de trois-quarts presque totalement bayonnaise avec les centres Perrier et Bélascain et l’ailier Pardo, Blanco opérant à l’aile, puisque Sallefranque, arrière de Dax était sélectionné à l’arrière. La charnière, quant à elle était  inédite avec à l’ouverture Lescarboura (US Dax) et à la mêlée le Toulousain Martinez. Devant Lacans et Rodriguez (n°8) formaient la troisième ligne avec J. P Rives le capitaine, alors que Revailler et Lorieux étaient associés en seconde ligne, la première ligne étant composée de Paparemborde et Crémaschi en piliers, entourant le talonneur Dintrans. Cette équipe avait une certaine allure, même si on pouvait regretter que Blanco opère à un poste d’ailier qui n’était pas le sien, alors qu’il était le meilleur arrière du monde.

Tout cela n’empêcha pas les Gallois de s’imposer sans trop souffrir (22-12), les Français étant dominés devant, notamment en touche, sans parler des nombreuses pénalités qu’ils concédèrent, qui permirent à l’arrière Evans de se régaler et de marquer 18 points. En outre, malgré leur valeur, les trois-quarts bayonnais étaient loin du niveau de leurs prédécesseurs lourdais, lesquels étaient sans doute les meilleurs du Tournoi. La suite allait confirmer cette impression, malgré de nombreux changements dont le moindre ne fut pas la mise à l’écart provisoire de Paparemborde contre l’Angleterre au Parc, remplacé par un pilier débutant, Wolf (AS Béziers), ce qui fut une grosse erreur, notre mêlée subissant mille tourments. Pas étonnant dans ces conditions que les Anglais l’emportent sans trembler (27-15) hors de leurs bases. Contre l’Ecosse, à Murrayfield, ce ne sera pas mieux, malgré les retours de Chrémaschi et Revailler dans le pack pour durcir la mêlée. Hélas, ce ne fut pas suffisant pour dominer de faibles Ecossais, nos lignes arrières n’étant guère inspirées quand en de rares occasions elle eurent l’occasion de montrer leur talent. Ce furent au contraire les Ecossais qui, en fin de partie, marquèrent un magnifique essai par leur ouvreur Rutherford. Les Français venaient de toucher le fond, ce qui ne les empêcha pas de battre l’Irlande lors du match suivant comme je l’ai écrit précédemment, et de remporter le tournoi l’année suivante à égalité avec les Irlandais. Et oui, c’est ça le XV de France, qu’il ne faut jamais enterrer, mais qui occasionne parfois de terribles cauchemars à ses supporters !

Michel Escatafal