Les critères sportifs…et affectifs

zidanerodriguezAujourd’hui nous allons évoquer les critères de toutes sortes dans le sport, et si j’en parle c’est parce que j’ai lu ce matin dans la presse deux informations qui m’interpellent. La première, de loin la plus importante, concerne l’admission des équipes cyclistes dans le World Tour, et la deuxième, beaucoup plus anecdotique, est relative à la cote de popularité des sportifs français auprès de leurs compatriotes. Commençons d’abord par l’admission des équipes dans le World Tour, avec une énorme satisfaction et une énorme surprise. Enorme satisfaction, parce que Saxo-Tinkoff, l’équipe de Contador, reste dans cette première division, ce qui veut dire, pour la première fois depuis bien longtemps, qu’Alberto Contador va pouvoir préparer son programme en toute sérénité, pour arriver au sommet de sa forme en juillet, auquel cas il sera imbattable dans le Tour de France. Enorme surprise aussi, parce que l’équipe Katusha est exclue de cette première division, en rappelant que Katusha a pour leader un des tous meilleurs coureurs du peloton, Rodriguez, numéro un l’an passé du classement World Tour, vainqueur de deux des plus belles classiques du calendrier (Flèche Wallonne et Tour de Lombardie), et respectivement deuxième et troisième du Giro et de la Vuelta.

A première vue on pourrait vraiment se dire que les instances dirigeantes du cyclisme marchent sur la tête, mais cette fois je ne le ferai pas dans la mesure où on n’a pas les éléments pour analyser la décision de la Commission des licences. Je pense qu’il faut attendre les motifs de cette décision avant de vociférer contre l’UCI, comme le font allégrement nombre de forumers sur les sites de cyclisme, notamment en France, lesquels plus stupides les uns que les autres se livrent à des analyses loufoques sans connaître les raisons de cette exclusion de Katusha du World Tour. Il faudra d’ailleurs patienter encore quelques jours, dans la mesure où rien n’oblige l’Union Cycliste Internationale (UCI) à rendre publiques les raisons de sa décision. En tout cas, on est au moins sûr que ce n’est pas sur des critères sportifs que cette sanction a été prise, Katusha étant un des poids lourds du cyclisme mondial, surtout en comparaison avec certaines équipes ayant obtenu la licence pour quatre ans, comme Ag2r ou Argos Shimano.

En outre, il y a aussi le cas d’Euskaltel-Euskadi, qui a également obtenu la licence jusqu’en 2016, alors que les coureurs n’ont pas reçu leurs salaires de novembre et que ses dirigeants envisagent de vendre leurs autobus pour se remettre à flot d’ici la fin de l’année. Cela dit, il faudra en racheter d’autres pour l’année prochaine. Espérons que ces difficultés soient passagères…Tout cela pour dire que le cyclisme est une nouvelle fois embarqué dans une affaire à laquelle personne ne comprend rien, et qui n’est pas faite pour redorer l’image de ce sport. Il reste à espérer que l’on n’attendra pas trop avant d’avoir des éclaircissements sur la rétrogradation de Katusha. Vivement le mois de janvier, qu’on recommence à parler vélo avec le Tour Down Under et le Tour de San Luis !

Le deuxième sujet que je voudrais aborder aujourd’hui tourne aussi autour de critères, mais très différents de ceux dont j’ai parlé précédemment. Il s’agit de la perception qu’ont les Français de leurs sportifs, à travers un sondage réalisé récemment. Et là, j’avoue qu’il y a de quoi se demander si les Français s’intéressent réellement au sport. En fait, comme je l’ai écrit à plusieurs reprises sur ce site, mes compatriotes ne connaissent rien au sport, contrairement aux habitants des pays voisins. C’est d’ailleurs tout à fait curieux, au moment où il n’y a jamais eu autant de sport à la télévision, en clair comme en codé. Peut-être que pour les Français, trop de sport à la télévision tue le sport ! Non je crois tout simplement que le sport ne fait pas partie de leurs préoccupations, et qu’ils se contentent de raccourcis. Nombre de personnes pensent, par exemple, que si les Français se déplacent très nombreux sur le Tour de France, c’est d’abord pour la caravane publicitaire, vénérable institution datant de 1930, et non pour les giclettes de Contador en montagne ou les sprints de Cavendish à l’arrivée des étapes plates. Hélas, c’est en partie vrai, comme il est vrai que la France est le pays où on commente le plus les affaires de dopage. Pas étonnant dans ces conditions, que leurs favoris soient pour la plupart des sportifs à la retraite depuis longtemps, voire disparus, et quasiment que des hommes…parce qu’ils ne connaissent qu’eux. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille négliger le passé, au contraire et je le démontre sur ce site, mais  il faut connaître l’histoire du sport et cela n’est pas le fort des habitants de notre pays !

C’est ainsi que les sportifs préférés des Français sont Zinedine Zidane, Yannick Noah et Michel Platini, la quatrième dans ce classement étant Laure Manaudou…qui est sur le point de prendre sa retraite. Certes, à des titres divers, tous ont porté haut les couleurs de notre pays, mais c’était il y une ou plusieurs décennies. Nostalgie quand tu nous tiens! A moins, comme je l’écrivais précédemment, que ce classement ne reflète tout simplement le manque de culture des Français pour le sport, ce qui voudrait dire qu’ils ne connaissent pas les sportifs en activité, se rappelant simplement du nom de quelqu’un faisant de la publicité. C’est le cas du cinquième de ce classement, J.W. Tsonga, lequel n’a toujours pas remporté de Tournoi du Grand Chelem, ni gagné la Coupe Davis. En fait, il faut arriver à la sixième place pour trouver quelqu’un qui domine sa spécialité (le rallye), comme aucun autre ne l’a dominée jusque-là, Sébastien Loeb. Pour ce qui me concerne, c’est lui que j’aurais placé en premier parmi les sportifs en activité, si j’avais été interrogé. Un autre pilote automobile (Formule 1) est septième, Alain Prost, ce qui nous fait revenir aux années 80, comme pour Noah et Platini. Quant au huitième, pour aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est Raymond Poulidor (merveilleux second ou troisième du Tour dans les années 60 et 70), lequel précède David Douillet (aujourd’hui député !), et Bernard Hinault, autre icône des années 80, qui fut mon idole absolue à cette époque et que j’aurais placé beaucoup plus haut dans les légendes.

Je ne vais pas vous infliger le classement jusqu’au cinquantième, car ce serait trop fastidieux, mais je suis quand même surpris de voir que ni Nikola Karabatic, leader de la plus belle équipe de France de l’histoire dans les sports collectifs, ni Tony Parker, ne figurent dans le top 20 des « Légendes ». Et puisqu’on évoque un basketteur, j’observe que si tout le monde connaît Yannick Noah, quasiment personne dans notre pays ne sait que son fils, Joakim Noah, joue en équipe de France, et est devenu un sportif très connu aux Etats-Unis, ce qui paraît normal puisque il est en passe d’être All Star NBA cette année, au même titre que Parker. Problème, les Français ne s’intéressent pas à la NBA, car la NBA c’est le championnat des Etats-Unis, et peu importe que le monde entier ou presque s’y intéresse !

Autre chose, si Laure Manaudou est quatrième, ni Alain Bernard, ni Camille Muffat, ni Yannick Agnel, ni Florent Manaudou, pourtant champions olympique de natation ne figurent dans les vingt premiers du classement, et ne sont même pas dans le Top 10 des sportifs en activité. En revanche, Anquetil est quatorzième, très loin de Poulidor, ce qui montre bien que l’on préfère les brillants seconds aux grands vainqueurs. La preuve, Voeckler qui n’a toujours pas remporté de grandes courses, se situe à peine deux places derrière Anquetil, mais Rousseau, Tournant, Gané et Baugé sont absents. Baugé n’est même pas dans le Top 10 des sportifs actuels, alors qu’il est quadruple champion du monde de vitesse . Le rugby connaît aussi ses paradoxes, avec Michalak à la onzième place, ce qui se justifie tellement son talent est évident, juste devant Teddy Riner, mais l’autre rugbyman figurant dans ce palmarès s’appelle…Chabal. Certes l’homme a un look, mais côté sportif il est loin d’un Dusautoir, d’un Jauzion ou plus loin de nous d’un Jean Prat, Lucien Mias, Martine, Crauste, André Boniface, J.P. Rives, Philippe Sella ou Blanco.

On notera aussi qu’en dehors de Zidane et Platini dans cette liste des 20 premiers parmi les légendes, il n’y a d’autre footballeur  que Ribéry. Désolé, mais Fontaine, Kopa et plus près de nous Thierry Henry ont quand même un autre palmarès et une autre aura. Thierry Henry a en outre le défaut d’être aujourd’hui aux Etats-Unis, et cet éloignement le plonge dans l’oubli. Autre incongruité, Mimoun figure à la treizième place, mais c’est le seul athlète, ce qui signifie que personne ne se rappelle de Michel Jazy, Guy Drut, Colette Besson, Marie-Jo Pérec, Christine Arron, Pierre Quinon, Stéphane Diagana, Jean Galfione, et pas davantage de Renaud Lavillenie ou Mahiedine Mekhissi qui viennent pourtant de remporter des médailles aux J.O. de Londres. D’ailleurs l’athlète français actuel le plus connu est C. Lemaître qui est loin d’avoir leur palmarès au niveau mondial.

Enfin, dernière surprise, parmi les légendes, oui les légendes, on trouve Romain Grosjean à la dix-septième place, loin pourtant d’être arrivé en Formule 1 au niveau de pilotes comme Jacques Laffite ou René Arnoux. Qu’a fait Grosjean pour être dans le Top 20 des légendes, en devançant J. C. Killy, alors que Marielle Goistchel ou Guy Périllat ne figurent pas dans ce classement, pas plus que les patineurs Alain Giletti, Alain Calmat et Brian Joubert? Tout cela pour dire que j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps en commentant ces classements, sauf à démontrer une fois encore ce que je ne cesse de dire, à savoir que le Français ne s’intéresse guère au sport. Après tout, nous avons le sport que nous méritons, ou plutôt nos sportifs méritent mieux que les supporters qu’ils sont censés avoir. En revanche, lesdits supporters sont champions du monde de la critique et de la méchanceté vis-à-vis des sportifs étrangers.

Michel Escatafal


Quelques Espagne-France firent la gloire du football français

Ce soir l’équipe de France va jouer une partie très difficile en Espagne, même si paradoxalement ce match pourrait lui permettre de se reconstruire un peu plus, ce qu’elle a du mal à faire. N’oublions pas que l’équipe d’Espagne, la Roja, est actuellement la meilleure du monde, certains disent même la meilleure de l’histoire, dans la mesure où elle a réussi un exploit inédit en remportant coup sur coup le championnat d’Europe des Nations (2008), la Coupe du Monde (2010), puis de nouveau le championnat d’Europe des Nations cette année. Je n’irais pas jusque-là, parce qu’on ne peut pas comparer les équipes reines à des époques différentes. La Hongrie 1952-1956 était une très grande équipe, comme le Brésil 1970, ces équipes ayant en commun avec l’Espagne d’être très riches en joueurs de grand talent, lesquels jouaient une partition presque toujours sans faute tellement ils avaient l’habitude de disputer des matches importants ensemble…et les gagner.

Quant à l’équipe de France d’aujourd’hui, elle n’a évidemment plus rien à voir avec celle qui avait réussi le doublé en 1998-2000, avec successivement la Coupe du Monde et le championnat d’Europe des Nations, ni même avec celle de 2006, finaliste de la Coupe du Monde, et pas davantage avec celle de 1958, demi-finaliste de la Coupe du Monde, et celle de 1984, championne d’Europe des Nations. Aujourd’hui, elle n’a plus le joueur emblématique (Kopa, Platini et Zidane) qui la portait vers les sommets en tirant ses partenaires vers l’excellence, et ces partenaires étaient parmi les meilleurs de la planète à l’époque.

Ce match de ce soir à Madrid s’annonce donc relativement déséquilibré entre une équipe en pleine confiance, quasiment imbattable depuis quatre ans, s’appuyant sur l’ossature de ses deux plus grands clubs (Real et Barça), et une équipe qui se cherche une âme…et ne la trouve pas quel que soit le sélectionneur.  Une formation éliminée sans gloire en quart de finale de l’Euro cet été…par celle représentant l’Espagne (3-1). C’était la troisième défaite de rang des Bleus contre leurs adversaires espagnols, après celles de 2010 (0-2) au Stade de France, et de 2008 à Malaga Espagne (1-0), ces deux rencontres étant des matches amicaux. Cela dit, peu importe que ce soit en match amical ou officiel, l’équipe de France ne peut plus battre de nos jours son homologue espagnole, forte de ses Casillas, Albiol, Ramos, Arbeloa, Alba, Xabi Alonso, Busquets, Xavi, Iniesta, Silva ou Fabregas, autant d’éléments de classe mondiale qui feraient  le bonheur de n’importe quelle autre équipe. Et je ne parle pas des absents ou de ceux qui débuteront sur le banc (Puyol, Piqué, Torres, Llorente, Villa etc.) !

Alors, cela veut-il dire que la France n’a aucune chance ce soir contre cette invincible armada ?   Sans doute pas, même si personne n’y croit  réellement.  Et pourtant l’histoire est là pour nous rappeler que l’équipe de France a souvent battu l’équipe d’Espagne, puisque sur 31 rencontres jouées entre les deux sélections, les Espagnols en ont remporté 14, les Français 11, les autres se terminant par un match nul (6). C’est dire combien la série en cours a son importance dans ce décompte, puisque celle-ci a fait pencher la balance du côté espagnol. Raison de plus pour inverser la tendance, ce qui permettrait à notre équipe d’être quasiment assurée d’aller au Brésil disputer la Coupe du Monde 2014, le résultat étant presqu’identique pour les Espagnols en cas de victoire sur les joueurs de Deschamps.

En tout cas, une chose est sûre : les Français n’auront rien à perdre ce soir, et, généralement, c’est dans ce type de match qu’ils sont les plus dangereux, tous sports confondus. D’ailleurs, il leur est déjà arrivé de gagner des matches amicaux ou en compétition officielle contre l’Espagne en n’ayant aucunement les faveurs du pronostic. A ce propos, compte tenu de la place que tient le football dans les deux pays, il n’y a pas de matches vraiment amicaux entre les deux sélections nationales, en raison du prestige que confère une victoire de l’une sur l’autre, remarque valable aussi pour des confrontations contre l’Italie, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Argentine ou le Brésil. C’est pour cela que je vais évoquer quatre victoires françaises qui appartiennent à l’histoire, à savoir celles de 1955, de 1959, de 1984 et de 2000, toutes ayant eu lieu à des périodes bénies pour le football français.

J’ai déjà écrit sur la victoire du 17 mars 1955 à Chamartin, dans l’article que j’ai consacré à Raymond Kopa (Raymond Kopa le Napoléon du football). Ce succès en effet fut l’élément déclenchant du transfert de Kopa au Real, tellement ce jour-là le joueur rémois éclipsa partenaires et adversaires.  Et en parlant de Rémois, ce match était le premier comme entraîneur de l’équipe de France d’Albert Batteux, par ailleurs entraîneur du Stade de Reims, qui formait l’ossature de la sélection française avec 5 joueurs (Jonquet, Penverne, Glovacki, Kopa, Bliard). Mais revenons au match proprement dit, pour noter qu’il avait très mal commencé pour notre équipe, puisque les Espagnols ouvrirent le score dès la onzième minute grâce à leur ailier gauche basque, Gainza.

Mais très rapidement, sous l’impulsion d’un Kopa extraordinaire, les Français allaient s’organiser et faire la preuve de leur supériorité, Kopa se chargeant lui-même de l’égalisation à la 35è minute.  Ensuite le futur Madrilène continua son festival et ses arabesques qui rendaient fous les défenseurs espagnols, jusqu’au moment où il délivra une passe décisive pour Vincent qui marqua à son tour (73è minute). Cette fois les Espagnols étaient à genoux, et ils furent battus chez eux, au stade Chamartin, devant 125.000 spectateurs qui découvraient avant l’heure celui qui allait devenir un des deux meilleurs joueurs du Real Madrid, avec Di Stefano. Un match historique à plus d’un titre, qui vaudra à Kopa d’être surnommé par un journaliste anglais présent au match, « le Napoléon du football ».

En 1959, le contexte était très différent parce que la rencontre entre l’équipe de France et celle d’Espagne avait été organisée au profit des sinistrés de la catastrophe de Fréjus, suite à la rupture d’un barrage qui avait provoqué la mort de 423 personnes, et dévasté toute la vallée en aval de Malpasset jusqu’à Fréjus. Cette rencontre, au-delà de l’aspect émotionnel, allait être inoubliable à bien des titres. D’abord ce fut le dernier match sous le maillot bleu de son capitaine, l’arrière gauche Roger Marche, surnommé le Sanglier des Ardennes (il jouait à Sedan), et il marqua son unique but en équipe de France, sur un centre-tir qui trompa le gardien espagnol Ramallets. En parlant de ce joueur, il faut souligner que l’Espagne alignait pour ce match sa meilleure équipe possible avec un mélange de joueurs appartenant au Barça (Ramallets,  les défenseurs Garay, Gracia et Olivella, les demis Verges et Segara, et les attaquants Kubala, Martinez et Suarez), et au Real représenté par Di Stefano, Mateos et Gento. Bref, du lourd et même du très lourd !

Quant à l’équipe de France, elle était composée en grande partie des joueurs qui avaient terminé à la troisième place de la Coupe du Monde en Suède l’année précédente (Remetter,Jonquet, Kaelbel, Marche, Douis, Kopa, Fontaine et Vincent) . Pas étonnant que les spectateurs et les téléspectateurs aient assisté à un grand match !  Les Espagnols ouvrirent le score par Suarez (22è minute), le futur Ballon d’Or (1960), les Français égalisant tout de suite après (27è minute) par le Rémois Muller, qui fera plus tard les beaux jours du Real et du Barça, avant que l’inévitable Fontaine (meilleur buteur de la Coupe du monde 1958) permette aux Tricolores de prendre l’avantage (31è minute), Vincent ajoutant un but cinq minutes plus tard, ce qui donnait aux Français une confortable avance avant la pause. Ensuite le jeu s’équilibra jusqu’au but de Marche (61è minute) qui porta le score à 4-1. Les Français se relâchèrent quelque peu en fin de match, ce qui permit aux Espagnols de ramener leur défaite à des proportions plus acceptables, Verges et Martinez marquant deux fois avant le coup de sifflet final.

Autre victoire historique française sur l’Espagne, celle du 27 juin 1984, au Parc des Princes, où les Français conquirent leur premier grand titre international en devenant champions d’Europe des Nations. Les Français qui jouaient chez eux avaient réalisé jusqu’en demi-finale un tournoi de grande qualité, en dominant plus ou moins nettement les adversaires qui leur étaient opposés, à savoir le Danemark (1-0), la Belgique (5-0) et la Yougoslavie (3-2), Platini marquant trois fois contre les Belges et les Yougoslaves, et l’unique but contre les Danois. En revanche, en demi-finale, les Bleus souffrirent mille morts pour éliminer le Portugal, battu seulement après prolongations à une minute de la fin sur une action personnelle de Jean Tigana, avec Michel Platini à la conclusion.

Cela étant l’Espagne pour sa part s’était qualifiée dans la douleur pour les demi-finales, après avoir fait match nul contre la Roumanie et le Portugal et avoir battu l’Allemagne (1-0) lors du match de poule décisif sur un but de Maceda à la dernière minute. Et en demi-finale, les Espagnols durent attendre les tirs au but pour éliminer le Danemark. Bref, tout était prêt pour le sacre attendu de l’équipe de Michel Platini, entraînée par Michel Hidalgo. Comment, avec un tel parcours, les Espagnols pouvaient-ils avoir une chance contre les Français, emmenés par un Michel Platini qui ne fut jamais aussi grand qu’à ce moment, et qui venait de marquer 8 buts en 4 matches ?

Et bien, le football est ainsi fait qu’un match n’est jamais gagné à l’avance, car les Espagnols firent énormément souffrir les Bleus, au point qu’il fallut une énorme erreur du portier espagnol Arconada, presqu’à l’heure de jeu, pour qu’ils prennent l’avantage. Enorme erreur, parce que le coup-franc tiré par Michel Platini était loin d’être très dangereux, surtout pour un gardien de la classe d’Arconada, sauf que celui-ci relâcha son ballon dans le but après l’avoir presque arrêté. Ce type d’erreur fut d’ailleurs appelé plus tard une Arconada. Cela dit, jusque-là les Français avaient eu beaucoup de chance de n’avoir pas encaissé de but, puisque l’arbitre aurait pu accorder un pénalty aux Espagnols sur une faute de Bossis contre Francisco, et plus encore quand Battiston sauva sur sa ligne un ballon de Santillana sur corner qui prenait le chemin des filets.

Et après le but de Platini, les Français continuèrent à souffrir, sous la pression de l’équipe espagnole qui n’abdiquait pas, mais aussi parce que son défenseur central, Le Roux, fut expulsé à cinq minutes de la fin. En fait, les Français ne furent certains de la victoire qu’à la dernière minute, quand Tigana récupéra un ballon pour le donner à Bellone, qui s’échappait et ajustait Arconada, ce qui mettait fin à un insoutenable suspens. La France était championne d’Europe et remportait enfin ce titre après lequel elle courait depuis toujours. Néanmoins, pour être juste, les Bleus de Platini formaient incontestablement la meilleure équipe de la compétition avec outre Platini (meilleur joueur et meilleur buteur), des joueurs de grand talent comme le gardien Bats, les arrières Battiston, Amoros, Le Roux, Bossis, Domergue, les milieux de terrain, Giresse, Tigana, Fernandez, Genghini, et les attaquants Lacombe, Bellone, Six et Rocheteau.

Dernier match entre la France et l’Espagne dont je veux parler, celui de l’an 2000 en quart de finale du championnat d’Europe des Nations. Ce fut un match très serré, dont Djorkaeff dira plus tard que c’était le match le plus difficile qu’il ait joué, mais c’était une époque où la France dominait la planète football, même si cela ne se vérifiait pas toujours. En revanche, dès que l’on abordait les matches en phase finale d’un tournoi important, notre équipe se transformait en machine à gagner. Pourtant les Français ont souffert et ont même tremblé pour finir par l’emporter sur une brillante équipe d’Espagne qui comptait dans ses rangs des joueurs comme Salgado, Guardiola dont on entendra beaucoup parler comme entraîneur du Barça, Helguera, Munitis, Mendieta et la grande vedette du Real, Raul.

En face, l’équipe de France ressemblait comme une sœur à celle qui avait gagné la Coupe du Monde deux ans auparavant, avec Barthès, Thuram, Blanc, Desailly, Lizarazu, Vieira, Deschamps, Djorkaeff, Dugarry, Pires et Zidane. Toutefois cette équipe, entraînée par Lemerre, était en valeur absolue plus forte que celle de 1998, parce que Thierry Henry était devenu le meilleur attaquant européen, que son copain Trezeguet marquait de plus en plus de buts, qu’Anelka commençait à s’imposer après son passage au Real, et que Wiltord était devenu un élément de plus en plus décisif. Bref, l’armada française était plus forte que jamais, et elle allait le prouver contre l’Espagne en remportant ce quart de finale sur le score de 2-1, acquis à la mi-temps. Zidane avait ouvert la marque à la 32è minute sur un bijou de coup-franc, digne des plus beaux de Platini, suite à une faute sur Djorkaeff. Mais cela n’avait pas découragé les Espagnols qui répliquaient sur un pénalty indiscutable (faute de Thuram) transformé par Mendieta. Mais Djorkaeff, encore lui, faisait parler la poudre juste avant la mi-temps, et la France menait de nouveau au score (2-1).

Plus rien ne sera marqué ensuite, mais chaque camp aura des occasions, et quelles occasions! A la 71è minute Henry, qui filait seul vers le but, était délibérément ceinturé par Paco…sans que l’arbitre ne pense à exclure le défenseur espagnol qui, pourtant, n’avait personne derrière lui.  Grosse erreur d’arbitrage, mais plus grosse encore quand Barthez est sanctionné à la dernière minute pour avoir bousculé dans la surface Abelardo. Faute bien peu évidente, tellement peu évidente que les dieux du football vinrent à la rescousse du gardien français, celui-ci voyant le tir de Raul s’envoler au dessus  de sa cage. Ouf,  la France avait gagné, et elle allait de nouveau devenir championne d’Europe après une demi-finale gagnée contre le Portugal (2-1) après prolongations,  et sur le même score contre l’Italie, là aussi grâce au but en or en prolongations marqué par Trezeguet sur un centre de Pirès.

La France réalisait un doublé extraordinaire, devenant le seul pays (jusque-là) à remporter un championnat d’Europe après la Coupe du Monde. Mais si elle est parvenue à ce résultat, c’est sans doute parce qu’elle avait su vaincre une très forte formation espagnole en quart de finale, ce qui lui avait donné la conviction que personne ne pouvait l’arrêter. Au fait, et si ce soir la France battait l’Espagne, qui sait si ce ne serait pas le début d’une ascension irrésistible vers les sommets ? Ne rêvons pas trop, et disons-nous qu’un match nul serait déjà un fantastique résultat. Ce n’est pas Didier Deschamps, capitaine des Bleus de 1998 et 2000 qui nous dira le contraire !

Michel Escatafal