Il ne reste plus qu’à aller à Lourdes, ville des miracles et du beau rugby

Et si l’on parlait de rugby, même si ce n’est guère réjouissant en ce moment. C’est vrai, je ne suis pas comme les commentateurs de la télévision qui arrivent à se pâmer pour un bon coup de pied par-dessus ou pour une charge qui fait avancer de 10 mètres. J’avoue même que je ne reconnais plus le rugby français, faute de retrouver ce talent imaginatif que le monde entier lui enviait. Il est vrai que j’appartiens à une génération qui apprenait à jouer au rugby en ayant bien soin de travailler sur les fondamentaux du jeu, notamment à ne surtout pas manquer une passe en attaque, ou à ne pas se débarrasser du ballon pour le donner à l’adversaire. Si l’on donnait un coup de pied de déplacement, c’était pour faire avancer l’équipe et non pas pour essayer de repousser l’adversaire le plus loin possible. Bref, vous l’avez compris, je ne me retrouve guère dans le rugby tel qu’on le pratique aujourd’hui, notamment dans le Top 14, où on joue surtout pour ne pas perdre. Mais le problème est que l’on joue aussi pour ne pas perdre en Equipe de France…et que l’on perd très souvent. La France est, ne l’oublions pas, neuvième nation mondiale, mais combien de nations jouent au rugby dans le monde, même si officiellement il y a 102 pays comptabilisés dans le classement officiel de l’IRB ?

Quand je dis « jouent au rugby », cela signifie que ce sport est parmi les plus importants du pays, comme chez nous par exemple. La France est neuvième sur douze ou treize nations qui comptent réellement, ce qui n’a rien de glorieux. Et encore j’inclus dans ces nations l’Italie et l’Argentine…qui sont surtout de très grands pays de football. La preuve, qui connaît parmi les amateurs de rugby le nom d’un, deux ou trois clubs de ces pays ? J’ajoute aussi que, malgré tout le respect qu’on leur doit, qui peut considérer les Fidji ou Tonga comme des grandes nations, même si la semaine dernière les Fidji ont infligé au XV de France une des plus grandes désillusions de son histoire (défaite 14-21), ce qui permet à cette nation de passer au huitième rang mondial. Cela veut donc dire que la France a devant elle les trois grandes nations du Sud (Nlle-Zélande, Australie, Afrique du Sud) et les quatre nations britanniques. En fait, seule l’Argentine est derrière nous parmi les pays qui comptent dans ce sport, même si pour cette dernière c’est le cas seulement depuis le début des années 2000. Voilà le constat, le vrai, de notre place dans le monde : nous n’avons plus personne derrière nous comme « grande nation » historique, pas même l’Ecosse qui est le pays que notre XV a battu le plus souvent ces dernières années, mais qui, de nos jours, est supérieur à notre équipe nationale.

Tout cela m’amène évidemment à avoir des remarques désagréables sur les joueurs qui composent notre XV national à quelques exceptions près, à commencer par le très faible réservoir de joueurs français ayant le niveau international. Pour ce qui me concerne, le seul joueur français qui me fait réellement rêver aujourd’hui s’appelle Dupont, plus que Serin ou Teddy Thomas, qui aurait été un merveilleux ailier il y a 30 ou 40 ans. Les autres je préfère ne pas en parler, sauf quand je lis que le niveau très souvent affligeant de notre Equipe de France est dû aux absences de certains joueurs considérés comme « les patrons » de l’équipe, à commencer par l’inévitable Morgan Parra, que Brunel considère comme un élément indispensable. Quand on compare le niveau global de nos joueurs avec par exemple celui de l’Irlande, on ne peut qu’être effrayés, d’autant plus que je verrais bien les Irlandais remporter le titre au Japon l’an prochain. Même les All Blacks se sont cassés les dents sur cette équipe la semaine dernière, et ce n’était en aucun cas un coup de chance! Cela étant, quand on dispose de la meilleure charnière au monde et d’une aussi redoutable troisième ligne, auxquelles il faut ajouter d’excellents joueurs aux autres postes, sans oublier un excellent entraîneur néo-zélandais, Joe Schmidt, tous les espoirs sont permis . Entre parenthèse, pourquoi n’essaie-t-on pas nous aussi de mettre à la tête du XV de France un entraîneur étranger? Ah oui, le président de la FFR, B Laporte n’en veut pas!

Peut-être verrait-il tout de suite que des joueurs comme Maestri ou Parra sont de bons joueurs de club, mais en aucun cas un grand deuxième ligne ou un crack comme demi de mêlée. Parra, pour ne citer que lui, n’a jamais eu et n’aura jamais la dextérité et les jambes de feu des grands demis de mêlée d’antan, ni celles de Dupont, ni même de Serin ou Bézy. Pareil pour Lopez, notre ouvreur, qui est loin du niveau mondial. Et que dire de nos trois-quarts ou arrières, peu aidés il est vrai par les joutes hebdomadaires de notre Top 14. Quant à nos avants, ils n’ont même plus ce qui a permis à notre équipe de continuer à exister jusqu’au début des années 2010, à savoir une force en mêlée qui permettait de récupérer des pénalités à bon compte, lesquelles meublaient le score grâce notamment à Parra, dont la principale qualité est la sûreté dans les tirs au but. Problème, notre mêlée aujourd’hui n’étant plus dominatrice, nos canonniers, Parra ou Lopez et plus récemment Serin n’ont plus autant de possibilités de scorer. Oui, on le voit le mal est beaucoup plus profond qu’on ne pourrait l’imaginer. Et dire que certains pensaient à la Fédération qu’il fallait construire un grand stade, alors que l’on ne remplit plus le Stade de France ou les autres quand des tests-match sont délocalisés! Apparemment l’idée est abandonnée pour le plus grand bien des finances de la FFR.

Pour tout dire, où va le XV de France ? C’est une question qu’on se pose depuis la Coupe du Monde 2007, que l’on aurait dû gagner. Oui, même si l’équipe de France n’a été battu, injustement aux dires des observateurs neutres, que d’un point en finale de la Coupe du Monde 2011, après un parcours aussi miraculeux que triste jusque-là, la meilleure chance que nous ayons eu de remporter une Coupe du Monde fut certainement celle qui s’est déroulée en grande partie chez nous, d’autant que nos tricolores avaient éliminé à Cardiff, en quart de finale, la seule équipe qui semblait légèrement au-dessus de la nôtre. Hélas, comme souvent, notre équipe s’est faite battre par celle d’Angleterre alors que les portes de la finale semblaient grandes ouvertes. On ne va pas refaire l’histoire, mais on observera que le XV de France avait en 2007 remporté le Tournoi des Six Nations, comme l’année précédente, après avoir obtenu la deuxième place en 2005, battu seulement par le Pays de Galles qui avait réalisé le grand chelem. Tout cela pour dire que cette équipe, préparée par Bernard Laporte, avait un vécu et une permanence au plus haut niveau, en plus évidemment de disposer de quelques uns des meilleurs joueurs de la planète à leur poste (Marconnet, Ibanez, Pelous, Haridornoquy, Elissalde, Michalak, Clerc et Jauzion).

Or justement, ce qui manque aujourd’hui au XV de France, c’est d’abord cette absence de victoires contre les meilleures équipes, et le manque cruel de joueurs de niveau international. Combien de joueurs du XV de France auraient de nos jours leur place dans les meilleures équipes du monde ? J’ai peur de répondre, parce que je ne vois pas un seul joueur à citer, notre rugby ne sortant plus de cracks depuis quelques années, et quand il en apparaît un, il arrive que trop souvent il se blesse gravement, comme ce fut le cas pour Dupont l’an passé. Et s’il ne se blesse pas, le manque de confiance général fait qu’il joue la peur au ventre, sachant qu’une ou deux performances en demi-teinte va lui coûter sa place. Que n’avait-on pas dit sur Bézy quand il éclaboussait le Top 14 de sa classe, avant qu’il ne disparaisse de la circulation. C’était lui le successeur de Parra aux yeux de Novès, mais ce dernier savait bien qu’on ne lui pardonnerait rien, parce que Novès devait gagner obligatoirement sous peine d’être viré. Résultat Bézy a beaucoup souffert, mettant trois ans à retrouver son niveau, et Novès a été viré, remplacé par Brunel…qui ne fait pas mieux.

Certains nous disent, comment se fait-il que des joueurs brillent en Top 14, soi-disant le meilleur championnat de la planète, et ne rééditent pas les mêmes performances en équipe de France ? Là nous sommes dans du concret, et c’est pour cela que la première réponse qui vient à l’esprit est que nous n’avons pas d’équipe dans la continuité. A ce propos, comme je le suggérais précédemment, comment ceux qui jouent pourraient-ils briller, sachant qu’à leur première erreur ils vont se retrouver sur le banc des remplaçants ou non sélectionnés le match suivant. Pourquoi Parra, quand il n’est pas blessé, joue à peu près toujours à son niveau (très moyen) en équipe de France ? Parce qu’il est certain d’être sélectionné sauf blessure, et donc qu’il est un des très rares à ne pas jouer avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Malheur à son remplaçant s’il rate une passe ou une pénalité !

Tout cela signifie que nous allons partir à la Coupe du Monde avec une trentaine de joueurs qui n’auront que très peu joué ensemble, alors que les rivaux du XV de France (Nouvelle-Zélande, Australie, Afrique du Sud, Angleterre, Irlande, Galles, Ecosse) joueront avec des éléments qui opèrent ensemble depuis plusieurs années. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y aura pas une ou deux révélations en 2019 dans ces pays, mais le socle sera là, contrairement au XV de France qui n’en a pas. Combien de joueurs ont été « consommés » depuis huit ans? Au moins de quoi former huit ou dix équipes, ce qui laisse imaginer le handicap que nous allons subir face aux meilleurs, qui à partir d’une ossature solide font rentrer de temps en temps un ou plusieurs joueurs, ce qui assure automatiquement une bonne relève en cas de blessures, au demeurant de plus en plus graves et de moins en moins rares en raison de l’évolution négative du jeu de rugby.

En évoquant les blessures, beaucoup se posent la question de savoir pourquoi le XV de France subit une hécatombe chaque fois qu’une sélection est faite en vue des matches internationaux. Pourquoi tant de blessures ? La faute au Top 14 ? Peut-être, car il faut reconnaître que les joueurs sont très sollicités dans notre championnat ô combien rugueux, où la qualification aux demi-finales apparaît vitale à tellement de clubs, sans parler de la descente en Pro D2. Bref, notre rugby national n’a pas les moyens de son ambition, et nous allons finir comme les Anglais en football, avec des équipes de club qui se battent à longueur d’année pour remporter le titre en Premier League, mais avec une équipe nationale qui ne gagne jamais rien. Cela n’empêchera pas nos dirigeants d’être contents, car les droits télés augmenteront. Et oui, on ne peut avoir en même temps le beurre et l’argent du beurre !

Alors que faire ? Ce n’est pas à nous à décider, ce travail revenant aux dirigeants du rugby français qui sont là pour prendre des décisions, et, tant qu’à faire, les bonnes. Il y a quand même suffisamment d’anciens grands joueurs et ou de techniciens autour de cette équipe de France pour arriver à faire quelque chose avec les joueurs sélectionnables qui peuplent le Top 14. L’ennui, et je le répète, c’est qu’on a l’impression que nos joueurs ne savent plus faire certaines choses qu’on faisait avec beaucoup de naturel il y a peu de temps. Un exemple : qui n’a pas été subjugué par les passes au pied d’un Jean-Baptiste Elissalde jusqu’en 2007 ? Combien d’essais le Stade Toulousain et le XV de France ont marqué de cette manière. Si j’ai cité J.B. Elissalde, j’aurais aussi pu citer Michalak et quelques autres qui ne me viennent pas à l’esprit. Autre chose : pourquoi les Britanniques sont-ils meilleurs que les Français pour récupérer le ballon après une chandelle ? Pourtant un Dulin, à l’image de Poitrenaud avant lui, est habituellement très fort dans cet exercice, mais plus rarement en Equipe de France…quand il est sélectionné. Enfin, et c’est sans doute le plus grave, comment se fait-il que le XV de France fasse tomber autant de ballons à chacune de ses attaques ?

A croire que nos joueurs en sélection ne savent plus manier un ballon, ce qui est faux évidemment…et ce n‘est pas la faute de Saint-André, Novès, Brunel ou leurs adjoints. Mais si ce n’est pas leur faute à ce propos, leur responsabilité est engagée dans la mesure où aucun d’entre eux n’a su trouver une formation type, où les sélectionnés joueraient libérés, ce qui explique le nombre considérable de joueurs utilisés entre chaque Coupe du Monde, même si ce nombre est augmenté en raison des indisponibilités. L’histoire est là pour nous rappeler que le XV de France n’a jamais été aussi faible que lorsque les sélectionneurs utilisaient un très grand nombre de joueurs, les faisant de surcroît jouer à un poste différent de celui où ils jouaient dans leur club, chose que les sélectionneurs d’aujourd’hui n’hésitent pas à faire.

Petit rappel historique : En 1957, les sélectionneurs firent n’importe quoi, modifiant à chaque match du Tournoi leur équipe, qui plus est en formant une troisième ligne (Barthe, Celaya, Baulon) contre l’Ecosse …avec des troisièmes lignes centre, et comme si ce n’était pas suffisant, on avait même osé mettre en pilier le troisième ligne centre du Stade Toulousain, Laziès. Résultat : une cuillerée de bois dans le Tournoi. Et pourtant à cette époque notre rugby était très riche en grands joueurs : la preuve, un an plus tard, la France battait les invincibles Springboks chez eux et s’imposait en 1959 dans le Tournoi des 5 nations seule, pour la première fois, avec la plupart des joueurs de 1957. Cette année marque aussi la dernière cuillère de bois du XV de France (4 défaites en quatre matches) dans le Tournoi. Cette cuillère, nous l’avons évitée en 2013, mais pas la dernière place puisque nous avons terminé le Tournoi des 6 Nations avec 3 défaites, un match nul et une victoire, en utilisant 35 joueurs.

Nous n’avons fait guère mieux en 2014, puisque notre XV a fini à la quatrième place, mais avec 3 victoires et deux défaites. En 2015, ce ne fut guère plus réjouissant avec une quatrième place grâce à deux victoires, puis une cinquième place (2 victoires) en 2016, année de l’arrivée de Novès à la tête du XV de France. En 2017, notre équipe s’est surtout signalé en réalisant lors du match contre les Gallois (20-18) le plus long match international de l’histoire (99mn et 55 s). Au moins nous détenons un record! Cette année là, nous étions troisième du Tournoi en gagnant trois matches sur cinq…ce qui n’a pas empêché Guy Novès (10 titres de champion de France et 4 titres de champion d’Europe avec le Stade Toulousain d’être viré…parce que Laporte, président de la FFR, prétendait que : « avec  Guy Novès, ça ne fonctionnait pas, c’est comme ça ». Voilà un bel argument! Est-ce que ça a mieux fonctionné en 2018 avec Brunel son remplaçant? Non, parce que notre XV a fini à la quatrième place avec 2 victoires au compteur. Voilà, comme dirait Laporte, « c’est comme ça ». On aurait presque envie de rire si ce n’était aussi triste!

Et cette année ? Déjà, avant que le Tournoi ne commence le bilan de notre série de tests de novembre n’est pas fameux, même si la victoire a été manquée de peu contre l’Afrique du Sud, mais surtout avec une défaite humiliante face aux Fidji, comme si on avait jeté tous nous feux face aux Sud Africains, loin de leur niveau habituel, et face à une faible Argentine que nos Français ont battu très difficilement. Oui, décidément ça ne s’arrange pas ! Je ne serais pas surpris si cette année nous étions éliminés avant les quarts de finale dans une poule comprenant l’Angleterre, l’Argentine, les Etats-Unis et Tonga, parce que l’Argentine disposera de ses meilleurs joueurs. Résultat, Il ne reste plus qu’à aller à Lourdes en vue de cette Coupe du Monde, non pas pour voir du rugby comme à l’époque des Prat, Labazuy, Martine, Lacaze, Rancoule, Tarricq, Domec, Barthe ou Mantérola, mais pour espérer un miracle ! Un miracle auquel croit ou fait semblant de croire Laporte qui déclarait hier que « Nous serons compétitifs en 2019, j’en suis sûr ». L’espoir fait vivre…surtout si les naturalisés comme l’ailier Raka ou le deuxième ligne Willemse confirment, au niveau international, ce qu’ils font en Top 14 à des postes où on est en manque cruel de très grands joueurs.

Michel Escatafal

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Un mois de janvier très maussade pour qui aime le rugby

Cette fois le XV de France, c’est sûr, va gagner le Tournoi des 6 Nations, sorte de mini championnat d’Europe pour le rugby. Mini parce qu’il concerne non pas six nations mais quatre en réalité, à savoir la Grande-Bretagne, l’Irlande, la France et l’Italie. Et pourtant dans ces pays le rugby est considéré comme le deuxième sport collectif, après le football, avec une forte propension à ressembler à ce dernier, avec toujours plus de compétitions destinées à alimenter les caisses des fédérations et des clubs, les tournées d’automne et d’été étant désormais immuables dans un calendrier beaucoup trop surchargé, notamment en Europe, avec les dégâts sur la santé des joueurs que j’ai déjà évoqués sur ce site. Je n’y reviens pas, même si on a eu très peur il y a deux semaines avec le terrible K.O. subi par le jeune Ezeala, suite à une charge dévastatrice (régulière) du racingman Vakatawa. Quand va-t-on comprendre que le rugby, tel que nous l’avons pratiqué dès notre plus jeune âge, est devenu depuis l’avènement du professionnalisme, un sport où seules la force et la puissance prédominent, au point de se demander si l’on ne va pas faire comme les Américains avec leur rugby-football, à savoir jouer avec des casques?

Où sont nos M. Prat, Martine, les Boniface, Maso, Trillo, Sangalli, Codorniou ou encore Blanco, Charvet et Sella, pour ne citer qu’eux en France, qui misaient essentiellement sur la technique et la vitesse pour déposer le ballon derrière la ligne des poteaux adverses? Et pour enfoncer le clou, je dirais que c’était beau, que c’était même magnifique de voir des joueurs de cet acabit à la manoeuvre, alors qu’aujourd’hui le rugby à XV est devenu une sorte de mauvais rugby à XIII, où un joueur de plus de 90-100 kg arrive lancé à fond, percutant avec toute sa force le défenseur en face de lui pour lui faire mal et le laisser passer la ligne d’avantage. Pire encore, on en arrive à trouver (presque) génial dans notre pays un numéro 9 comme Parra, qui donne l’impression de courir le 100m en 14s, alors que Serin que le nouveau sélectionneur, Brunel, s’est empressé d’éjecter du XV de France avant de le rappeler précipitamment suite au forfait de ce même Parra, est déjà presque considéré comme has been. Certes ce n’est pas nouveau dans notre rugby de préférer des joueurs ordinaires à des joueurs doués d’un grand talent, sinon Maso ou les Boniface, sans oublier Nadal (0 sélection) leur fils spirituel, mais aussi Max Barrau, Gallion auraient 60 ou 70 sélections…comme Parra.

Est-ce que les changements opérés par Brunel seront suffisants pour gagner le Tournoi des 6 Nations et plus tard la Coupe du Monde? Poser la question c’est y répondre. Comment le XV de France pourrait battre l’Angleterre par exemple, alors que les Anglais ont eu tout le temps pour former une équipe en passe de rivaliser avec les All Blacks, après avoir connu une désastreuse Coupe du Monde 2015? La reconstruction a pris un peu de temps, mais le résultat est là : l’Angleterre est redevenue la meilleur équipe européenne en attendant d’être peut-être la meilleure tout court lors de la prochaine Coupe du Monde (2019). Un temps que n’a pas eu Novès à qui on n’a fait aucun cadeau, d’autant que tout est à reconstruire au niveau de l’équipe de France. Novès a essayé de parier sur l’avenir, notamment 2023 avec des joueurs jeunes et talentueux à l’image de son choix comme demi de mêlée avec Serin et Dupont. Problème, la formation dans notre rugby n’est plus ce qu’elle était et avant de pouvoir exploiter tout le potentiel de ces joueurs, à plus forte raison quand ils ont 20 ans comme Belleau, il faut du temps, et il faut avoir une vraie politique pour le XV de France, à commencer par faire du Top 14, un Top 10, ce qui empêcherait les clubs de recruter à bas coût des joueurs de tous les continents, ou trop âgés pour continuer en sélection dans les grandes équipes de l’hémisphère Sud.

Et qu’on ne vienne pas me dire qu’en écrivant cela je ne veux plus qu’on recrute des étrangers, parce que c’est faux. Je veux bien qu’on ait recruté Wilkinson ou Ali Williams, et plus tard Carter ou Ma,a Nonu, mais pas des joueurs qui vont systématiquement prendre la place de nos meilleurs espoirs, et donc les empêcher de s’épanouir. J’observe d’ailleurs que c’est surtout le cas des avants ou des trois-quarts, là où notre manque de talents est le plus criant. Curieusement il y a des postes où l’arrivée massive de joueurs de l’hémisphère sud a été beaucoup plus mesurée, notamment celui d’arrière ou de demi de mêlée, talonneur aussi, et comme par hasard ce sont des postes où des jeunes joueurs sont en train d’éclore, alors qu’en trois-quart, en troisième ligne, en seconde ligne et chez les piliers c’est un peu le désert, parce que si un jeune est bon à ces postes, les clubs du Top 14 ne prennent pas le temps de les laisser faire leurs armes, ce qui fait qu’ils vont aller aux oubliettes de notre rugby d’élite.

Bien sûr, en écrivant cela je ne fais que retranscrire ce que tous les amoureux du rugby, tel qu’on l’aimait autrefois, peuvent penser, mais comme les jeunes générations ne s’intéressent qu’à ce qui s’est passé dans les toutes dernières années, ceux-ci en arrivent à trouver géniaux des joueurs très ordinaires et à prendre pour des vieux aigris, ceux qui considéraient que les frères Boniface étaient de merveilleux ambassadeurs d’un jeu qui a perdu toute notion de beauté. C’est cela qui différencie le rugby du football, en plus des multiples changements de règles qui font que plus personne en dehors des professionnels ou des pratiquants ne s’y retrouve (j’exagère à peine!). Les règles sont devenues tellement compliquées qu’un match dure aujourd’hui plus longtemps qu’un match de football, avec la vidéo qui devient de plus en plus omniprésente…au point que le football va l’adopter, malgré les nombreux déboires que l’on commence à y trouver là où elle a déjà été mise en place. Qu’on se rappelle ce que disait le grand Lucien Mias : « l’arbitre fait partie du jeu au même titre que le vent ou les poteaux ». A méditer pour tous ceux, au football comme au rugby, et notamment les dirigeants des clubs, qui ne cessent de contester les décisions arbitrales, au point de « faire péter les plombs » à nos arbitres qui rentrent sur le terrain avec un stress épouvantable…ce qui engendre inévitablement de grossières erreurs.

Voilà j’arrête là mes reflexions désabusés sur un sport qui est le premier que j’ai pratiqué, à une époque où on avait le goût de l’histoire et ou on aimait les artistes, quelle que soit leur nationalité, même si on préférait les Français. Que c’était beau de voir les Boniface à l’oeuvre, que c’était beau de voir nos rugbymen avec comme capitaine Rives et à la baguette la paire de demis Gallion- Caussade, rendre fous les All Blacks le 14 juillet 1979, sans parler de ce fameux match Ausralie-France à la Coupe du Monde 1987, où les Français se sont qualifiés pour la finale grâce à un essai somptueux inscrit par Blanco et transformé par Didier Camberabero dans les derniers instants du match, à l’issue d’une action qui avait commencé dans nos 22 mètres et qui avait vu la quasi totalité des joueurs toucher le ballon. Oui, que tout cela était beau à ces époques ou foncer dans le tas était prescrit et où pour être qualifié de génie il fallait avoir des jambes de feu, de la technique et de la vista. Au fait, s’ils étaient nés à ces époques plus ou moins lointaines, combien de joueurs de l’actuel XV de France auraient eu leur place dans ces équipes? Réponse : sans doute aucun, même si Dupont ou Serin ou encore Belleau ont une marge de progression importante, mais leur laissera-ton le temps de s’épanouir? Hélas, j’en doute.

*Bonne année à tous mes lecteurs, en espérant beaucoup de succès au sport français, en espérant aussi que la saison de vélo ne soit pas polluée par les affaires (où en est-on pour Froome?) et donc qu’on ne change pas trop souvent les palmarès, ce qui est aussi le cas pour l’athlétisme, en espérant, en espérant, en espérant…

Michel Escatafal


Ils pourraient faire de « vilains vieux »!

Les plus de quarante ans, et au delà, se souviennent évidemment du rugby tel qu’on le pratiquait à une époque où il était encore profondément amateur, même si certains bénéficiaient de quelques avantages en nature ou autres rémunérations diverses. Il est donc normal que ce sport, devenu professionnel depuis une vingtaine d’années, ait beaucoup évolué à tous points de vue. Tout a changé d’ailleurs dans le rugby, y compris les règles, au point de donner au rugby une ressemblance frappante avec le Jeu à XIII, comme on disait autrefois. En disant cela j’exagère à peine, car il y quand même les touches et les mêlées ordonnées (qui ont du mal à l’être) dans le rugby actuel, et il y a n’y pas le tenu comme chez le cousin treiziste.

Toutefois ce n’est pas cela qui me gêne dans l’évolution de ce sport, d’autant que j’aime aussi beaucoup le rugby à XIII, sport qui, par parenthèse, mériterait une exposition médiatique et télévisuelle beaucoup plus importante que celle qu’il a aujourd’hui, bien qu’elle soit supérieure à ce qu’elle fut grâce à beIN SPORTS. Ce n’est pas non plus le fait que le professionnalisme ait impliqué la création d’un vrai championnat en Angleterre (12 clubs)ou en France avec 14 clubs formant l’élite, ce qui entraîne évidemment de grosses différences de moyens entre les clubs des villes et ceux des champs, ceci sans connotation péjorative, d’autant que la meilleure équipe actuelle dans notre pays est le Stade Rochelais, beaucoup plus fort que le Racing, par exemple, aux moyens très supérieurs et qui va jouer dans un fabuleux écrin avec son U Arena. En outre, j’ai été trop longtemps un admirateur du grand F.C. de Lourdes, celui des frères Prat, Martine, Rancoule, Barthe, Domec, Lacaze (que je connais surtout à travers l’histoire) et quelques années après de Crauste, Gachassin, Campaes, Arnaudet, Mir, Dunet et Hauser, pour ne pas aimer les clubs des petites villes.

Non ce qui me dérange dans l’évolution du rugby c’est plutôt que l’on veuille en faire un copier-coller du football, avec tout ce que cela comporte de négatif. Passe encore qu’il faille gagner, toujours gagner, pour vivre ou survivre. Après tout c’est la loi du sport, y compris amateur. Seuls ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur un terrain de sport peuvent dire que la défaite importe peu. Je n’ai d’ailleurs jamais cru à la devise du baron Pierre de Courbetin : « L’essentiel c’est de participer ». Cependant c’est une chose de vouloir gagner, et c’en est une autre de vouloir gagner à tout prix. J’aime trop le rugby pour le voir arriver à des extrémités…qui mettent en danger la santé des joueurs.

Il faut donc, plus que jamais, être vigilant sur l’intégrité physique des joueurs. Quelle est la différence entre un joueur de rugby type années 60 ou 70 et type années 2010 ? Il est plus grand, il saute plus haut, il est plus fort et…il est beaucoup plus souvent blessé. Le corps du joueur de la décennie 60 ou 70 supportait parfaitement les charges d’entraînement parce qu’il s’entraînait peu, et ceux qui s’entraînaient davantage le faisaient à travers les travaux des champs. Qui ne se rappelle d’un pilier comme Alfred Roques, véritable force de la nature, force brute et pure à l’époque, qui s’était développée dans les travaux de sa ferme, ce qui n’avait rien à voir avec la préparation des professionnels du Top 14 ou de la Pro D2.

En parlant d’Alfred Roques (plus de 30 fois international à la fin des années 50 et au début des années 60), je pense aussi à ce que l’on disait de Bernard Momméjat, son copain deuxième ligne de Cahors et du Quinze de France, à savoir que c’était un géant parce qu’il mesurait…1,92 m. Aujourd’hui des géants comme Momméjat, et des joueurs avec les mensurations d’Alfred Roques (1.78m et 98 kg), il y en a partout…dans les lignes de trois-quarts. Et bien entendu, quand à longueur de matches et d’entraînements on prend sans arrêt des coups venant de tels « monstres », cela devient difficile de résister, surtout si la saison dure 10 ou 11 mois. Cela devient même démentiel, surtout pour les meilleurs qui sont naturellement beaucoup plus sollicités que les autres, moins doués. Mais ceux-là aussi se blessent parce que leur régime est presque le même, avec les oppositions à l’entraînement et aussi, parce que les meilleurs étant souvent blessés ou pris par les sélections nationales, ils jouent presque autant.

Alors que fait-on pour résister et tenir ces cadences infernales ? On s’entraîne, on se muscle et bien entendu on fait davantage attention à son hygiène de vie. Mais toutes ces séances de musculation, comme je le disais précédemment, si elles donnent aux joueurs des corps d’athlète au point d’en faire des icônes de calendriers en tenue d’Adam, procurent une puissance incompatible avec la morphologie d’origine du joueur. Un rugbyman qui mesure 1,75 ou 1,80 m n’est pas nécessairement fait pour peser 90 ou 100 kg. Parfois il n’atteindra ces mensurations qu’au prix de séances de musculation intenses et répétées plusieurs fois par semaine. Et que se passera-t-il un jour ? Et bien les tendons ou les ligaments casseront parce que les charges qui leur sont infligées sont trop élevées. Trop élevées aussi parce que ces charges ne font finalement pas courir beaucoup plus vite les joueurs…qui ne courent pas vite. Morgan Parra, par exemple, ne courra jamais le 100m en 11s, malgré les muscles qu’il a pu prendre. Il y a des limites à tout!

C’est cela le principal avatar du rugby professionnel et il est la résultante de tous les autres, notamment le poids de l’argent…pourtant tellement indispensable de nos jours. Et oui, le sport professionnel impose qu’il y ait suffisamment d’argent dans le circuit, sous peine de sombrer. Certains refusent ce qu’ils appellent cette dérive, mais ils vont au stade le samedi ou le dimanche en demandant du spectacle et en espérant que leur équipe va gagner. Là est toute la problématique du rugby d’aujourd’hui, sport qui est resté si longtemps très amateur. J’avoue pour ma part être heureux de voir l’évolution du rugby depuis la fin des années 90, mais je suis inquiet à propos des traumatismes à répétition que subissent les joueurs. Et ce ne sont pas les « protocoles » qui vont faire dissiper notre inquiétude, parce que lesdits protocoles ne riment à rien. Au rugby on prend des coups pendant 80 mn, et même si on s’arrête 10 mn, il en reste 70 à jouer. Même la boxe paraît presque moins violente!

Michel Crauste au milieu des années 60, grand capitaine de Lourdes et de l’Equipe de France, avait coutume de dire à ses copains sur le terrain : « On va faire de vilains vieux » ! Moi ce que je voudrais, c’est que les joueurs que j’admire aujourd’hui soient dans 40 ans d’aussi vilains vieux que celui que l’on a appelé « le Mongol ». Je souhaite donc que l’on pense un peu plus à la santé des joueurs, et que ceux qui dirigent le rugby de nos jours, pour la plupart d’entre eux des anciens joueurs, essaient de garder à ce merveilleux sport de combat les vertus qui sont les siennes depuis plus de 100 ans, même si je sais parfaitement que c’est un voeu pieux.

Le rugby appartient à tous, aux joueurs d’abord, aux dirigeants, mais aussi à ceux qui l’aiment et qui paient pour voir les matches. En attendant, j’espère que tous ces joueurs victime d’une rupture des ligaments croisés du genou , maladie endémique du rugby de notre siècle, finissent par retrouver tous leurs moyens, ce qui n’est hélas pas toujours le cas même si cette blessure leur arrive à 25 ans. Alors on imagine quand ils sont victimes de cette même blessure à l’âge 32 ans. A cet âge, je rappelle qu’Alfred Roques n’avait jamais été sélectionné dans le XV de France, avant d’être considéré par tous comme le meilleur pilier du monde entre 1958 et 1963. C’était une autre époque, une époque où la Coupe d’Europe n’existait pas, ce qui est bien dommage, car personne n’aurait battu le FC Lourdes dans les années 50 ou l’AS Béziers dans les années 70, pour ne citer que ces deux clubs. Une époque où la Coupe du Monde n’existait pas (première édition en 1987), que nous n’avons jamais gagnée, mais que nous aurions sans doute eu de grosses chances de la remporter à l’époque de Mias, de Crauste ou de Rives. Cela dit, même sans avoir une très grande équipe, le XV de France aurait dû être champion du monde en 2011, si un arbitre n’en avait pas décider autrement, avec pourtant une équipe loin de valoir celles qui avaient été en finale en 1987 ou en 1999, ou qui n’avait été que demi-finaliste en 2007. Et pourtant ces deux dernières fois, notre XV national avait éliminé les All Blacks.

Espérons que Guy Novès, qui semble décidé à faire confiance à des jeunes joueurs prometteurs, finisse enfin par composer une équipe, une vraie, comme a su le faire l’Angleterre, car la prochaine Coupe du Monde est dans deux ans (2019). Et pour le moment c’est toujours le gros chantier, au point de rappeler Bastareaud au centre, comme si c’était l’avenir du XV de France. Néanmoins, si Novès en est réduit à cette extrémité, c’est aussi parce que le talent est rare à ce poste. En revanche, il semble qu’à la charnière il y ait quelques jeunes joueurs comme Serin et Dupont à la mêlée, ou Belleau à l’ouverture qui montrent de belles dispositions pour briller en équipe de France. Mais pour le moment ce sont surtout des espoirs, et on a souvent connu de grands espoirs qui ne confirmaient pas au plus haut niveau. Alors croisons les doigts pour que ce ne soit pas le cas pour eux et d’autres, et surtout prions pour que nos meilleurs joueurs ne se blessent pas trop durement, comme ce fut le cas de Camille Lopez, ouvreur qui avait franchi un cap la saison passée, et qui sera absent cinq mois pour une fracture de la malléole.

Michel Escatafal


Serin et Bézy, ces hirondelles qui vont faire le printemps du XV de France

serinAlors que le peuple français ne parle que de football, le championnat d’Europe des Nations occupant l’essentiel des esprits français, sportifs ou non, il n’y a quand même pas que cela dans l’actualité sportive, comme en témoignent quelques évènements importants. Parmi ceux-ci je citerais les championnats de France d’athlétisme avec les 9s88 de Vicaut sur 100m, la finale du Top 14 qui a vu le Racing Club de France renouer avec ses grandes heures du passé en remportant un titre de champion de France cent fois mérité contre le RC Toulon, mais aussi les matches du XV de France amputé de nombreux joueurs pour cause de phases finales du Top 14, ce qui n’a pas empêché les Bleus de battre enfin l’Argentine (27-0), qui plus est chez elle, avec dans cette équipe de très jeunes joueurs pleins de talent et d’avenir. C’est de cela que je veux parler aujourd’hui, avant d’évoquer le Tour de France dans les jours à venir.

27-0, oui j’ai bien écrit 27-0, voilà une belle victoire remportée loin de l’hémisphère Nord face à une équipe qui figure depuis bien longtemps parmi les huit meilleures du monde. Certes, elle était quelque peu handicapée, mais pas plus que le XV de France de Guy Novès. Cela faisait tellement longtemps qu’on attendait un signe de renouveau de notre équipe ! Cette fois c’est fait, et même si ce résultat estival n’aura jamais l’impact de certaines victoires dans des contrées lointaines, comme par exemple en 1958 quand le XV de France de Mias, Martine, Barthe avait battu l’Afrique du Sud chez elle, ou encore celle de 1979, quand le 14 juillet la France du rugby se réveilla en ayant vu son équipe, emmenée par Rives avec Gallion, Caussade, Codorniou et Aguirre, mettre à terre les All Blacks, cela nous rend quand même heureux.

Et nous le sommes d’autant plus que cette nouvelle équipe comptait énormément de jeunes joueurs avec un grand avenir. Bien sûr les esprits chagrins feront toujours remarquer que l’Angleterre a dominé l’Australie chez elle, mais on ne va pas faire la fine bouche après une aussi longue période de disette, comme notre pays n’en a peut-être jamais connue. Pourquoi un tel enthousiasme ? Parce que notre équipe commence à retrouver la joie de jouer et nous en donne donc par ricochet. Mieux encore, il semble que notre réservoir de joueurs s’enrichisse de quelques pépites, comme disent les amateurs de foot, qui ont tout pour devenir ces grands joueurs qui ont tellement manqué au XV de France ces dernières années.

Parmi ceux-ci je voudrais en citer quelques uns qui nous font penser que la patte de Guy Novès commence à produire ses effets. Cet entraîneur emblématique, qui a porté si haut les couleurs du Stade Toulousain à la fois comme joueur et plus encore comme coach, cherche avant tout des joueurs sachant manier un ballon, et pas seulement des plaqueurs gratteurs qui étaient la religion de ses prédécesseurs. Pour ne prendre qu’un exemple, je voudrais citer un troisième ligne comme Kevin Gourdon, que Clermont n’a pas su garder et qui s’est épanoui à la Rochelle. Ce joueur m’a beaucoup plu parce qu’il semble être extrêmement à l’aise avec un ballon dans les mains…ce qui est quand même une des bases du rugby. Un autre joueur m’a impressionné, Rémi Bonfils, le talonneur. Ce miraculé de la vie, qui aurait pu la perdre dans les attentats de novembre dernier, a fait un excellent match aux dires de tous les observateurs, et a montré qu’il pouvait parfaitement suppléer le capitaine Guirado.

Cela dit, c’est dans les lignes arrière que l’on gagne en richesse, avec l’avènement de deux demis de mêlée extrêmement prometteurs, Serin et Bézy. Ces deux numéros 9 sont de futurs grands cracks, comme le furent tant de demis de mêlée français, Dufau, Danos, Lacroix, Max Barrau, Gallion, Astre, Berbizier et plus près de nous Elissalde. Depuis combien de temps cherchons-nous le successeur d’Elissalde ? Quand je dis cherchons-nous, cela signifie ceux qui aiment le rugby que nous rêvons de voir jouer, et non pas un demi de mêlée uniquement buteur, comme par exemple Parra, qui n’est en aucun cas un grand demi de mêlée, malgré ses multiples sélections. Serin et Bézy sont des avions à réaction, et justement pour mettre en place le jeu que veut imposer Novès on a besoin comme numéro 9 d’avions de chasse, et non comme Parra d’avions à hélices. En outre ces deux grands espoirs du poste sont de bons buteurs, comme ils le prouvent dans leur club respectif. Avec eux le ballon fuse, et ils n’ont pas peur de s’engager à la moindre occasion avec leurs jambes de feu. Tout le contraire de Parra ! Et en plus, nous avons aussi Machenaud, demi de mêlée du RCF, qui reste un excellent numéro 9.

Merci à Guy Novés d’avoir fait confiance à ces jeunes lutins, en regrettant qu’il n’ait pas encore trouvé l’équivalent à l’ouverture, Plisson, comme Doussaint, n’ayant jamais vraiment convaincu au plus haut niveau. Ils ont du talent, mais ni l’un ni l’autre ne semblent avoir l’autorité nécessaire à ce poste pour permettre au XV de France de disposer enfin d’une vraie charnière de niveau international. Cela dit, on peut toujours utiliser Serin en numéro 10, même si son poste de prédilection reste en 9. En tout cas, trouver un grand ouvreur sera un des chantiers de Guy Novès dans les mois à venir, tout comme installer une paire de centres qui tienne la route. Mais avec Fofana, Chavancy, Fickou ou Lamerat, il y a des possibilités, même si finalement nous ne sommes pas si riches à ces postes-là, ce qui est le cas aussi aux ailes et à l’arrière où, toutefois nous disposons d’un remarquable spécialiste avec Dulin.

Voilà quelques considérations sur cette équipe de France, sur laquelle nous fondons beaucoup d’espoir pour la prochaine Coupe du Monde en 2019. En tout cas, Guy Novès paraît bien décidé à installer dès cette année une équipe en vue de cette échéance , et s’y tenir malgré les aléas du Top 14. C’est comme cela que l’Angleterre fut championne du monde en 2003, et je me dis qu’elle pourrait bien l’être de nouveau dans trois ans, comme en témoignent ses résultats depuis son élimination en phase de poule lors de la dernière Coupe du Monde. J’espère qu’à la fin de la saison prochaine, on pourra en dire autant du XV de France. Après tout, avec sans doute un des XV de France les plus faibles depuis des décennies, le rugby français a failli remporter celle de 2011.

Alors, avec des joueurs ayant plus de classe, notamment aux postes stratégiques, pourquoi n’imiterions-nous pas les Anglais. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il y a trop d’étrangers dans les clubs, comme certains se complaisent à le ressasser, parce qu’en Angleterre il y a aussi nombre d’étrangers, et les résultats internationaux sont bons quand même. Ah les étrangers, l’obsession des Français, comme on peut le constater en voyant les réactions au départ de Laurent Blanc du PSG et l’intronisation d’Unai Emery. Il n’est même pas en poste que les médias français et les forumers franchouillards descendent méchamment l’ex-entraîneur du FC Séville, alors que son palmarès d’entraîneur est supérieur à celui de toute l’histoire du football français au niveau européen avec le FC Séville. Même J.M. Aulas, c’est-dire, a cru bon de critiquer le limogeage de Blanc. Il est vrai que J.M. Aulas est l’idole de nombre de Français, parce qu’il n’a jamais accepté la domination du PSG version qatari. Qu’il se méfie en plus, car si l’Olympique de Marseille trouve un gros investisseur, c’est la troisième place au mieux qui lui sera promise. Et là les Français détesteront et le PSG et l’OM. Pauvre France !!!

Michel Escatafal


Martine-Maurice Prat, le duo magique du grand F.C. Lourdes

Quand on évoque le rugby français dans son histoire, on pense toujours à ses attaquants. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils symbolisent mieux que quiconque le fameux « french flair » qui a si longtemps fasciné les Britanniques, même si les trois-quarts ne sont pas les seuls à avoir fait briller notre rugby. A ce sujet, les Britanniques ont eu eux aussi leurs génies de l’attaque, même si c’est plutôt à l’ouverture qu’ils  se sont illustrés (Jack Kyle, Cliff Morgan, Richard Sharp, David Watkins, Barry John etc.). En tout cas, parmi ces merveilleux représentants de l’attaque française, il y a deux hommes dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce site, Roger Martine et Maurice Prat, véritables frères siamois de la ligne de trois-quarts  lourdaise, prédécesseurs des frères Boniface que j’ai évoqués longuement dans un article intitulé « Merveilleux frères Boniface ».

Maurice Prat et Martine ont laissé ensemble une trace inoubliable dans notre rugby, s’inscrivant en lettres d’or dans la légende du rugby national et du XV de France, mais aussi dans celle du rugby tout court. D’ailleurs, comme l’a dit Jean Prat dans un livre de souvenirs, ils auraient été l’un sans l’autre, chacun de leur côté de remarquables trois-quarts centre, mais comme les Boniface plus tard, ils surent décupler leur rendement au bénéfice de l’équipe par une entente rare sur le terrain comme en dehors. Ils n’étaient pas frères dans la vie comme les Boni, mais ils étaient frères d’armes, en permanente communion sur le terrain et dans la vie de tous les jours. En fait, ils étaient unis par une même passion, qui les faisait discuter pendant des heures sur ce qu’ils avaient réussi…et parfois raté le dimanche précédent, ou dessiner chez l’un ou l’autre des combinaisons de jeu.

Toujours d’après Jean Prat, les deux hommes ne sont jamais contentés d’être complémentaires, chacun avec leur  vrai talent. Pourtant Martine était parfaitement capable « d’insuffler une charge explosive à toute ébauche d’attaque », alors que Maurice Prat avait toutes les qualités pour que son rôle fût magnifié par sa capacité à réussir des exploits personnels, sans parler de ses talents de défenseur, une défense jugée hermétique par tous les techniciens. Non, au contraire, ils cherchaient constamment à aller toujours plus loin dans ce qui n’avait pas encore été inventé par d’autres, tant en attaque qu’en défense.  Bref, ces deux hommes jouaient vraiment comme deux frères dans ce qui restera à jamais la plus belle ligne de trois-quarts que notre rugby ait connue jusque-là, et même peut-être après avec celle du Stade Montois des frères Boniface. Et comme pour ces derniers, on peut dire que si le talent ne va pas toujours par paire, deux grands attaquants se nourrissent chacun de réciprocité.

A ce propos, le plus étonnant entre les deux hommes fut que leur destin commun était loin d’être écrit à l’avance. Déjà parce que Maurice Prat débuta seulement à l’âge de 17 ans, à une époque où il pouvait déjà jouer chez les juniors. Mais comme il était très doué, à peine un an plus tard il devenait international junior au poste d’arrière, qui semblait celui où il pouvait le mieux s’exprimer. Sa vitesse qu’il avait améliorée en faisant de l’athlétisme, son courage, sa terrible défense, lui assuraient pour des années une place de choix à ce poste dans la plus grande équipe de club de notre rugby jusqu’à l’avènement du professionnalisme . Dans ce club, le F.C. Lourdes, il fut couronné champion de France à 20 ans, en 1948, premier des huit titres du F.C. Lourdes. Ensuite on lui demanda de jouer à l’aile de la troisième ligne, parce qu’il manquait quelqu’un, ce qui permit  de découvrir en lui un talent de bagarreur qu’on ne lui connaissait pas vraiment. Mais cette polyvalence allait de nouveau s’exercer avec un retour plus rapide que prévu à l’arrière…qui semblait être son vrai poste.

Son modèle était Alvarez, l’arrière du grand Aviron Bayonnais des années quarante, qui fut le premier à s’intercaler dans la ligne de trois-quarts  pour créer le surnombre. Et avec toutes ses qualités, Maurice Prat ne pouvait que devenir le meilleur arrière de son époque, sauf qu’un jour il fut obligé d’effectuer un remplacement au poste de trois-quarts centre. Et le voilà avec le numéro 12 sur le dos, un numéro qu’il allait porter pendant presque dix ans dans son club et en équipe de France (30 sélections), dont il deviendra un joueur incontournable à partir de 1951, sa première cape lui étant octroyée contre l’Irlande à Dublin. Le moins que l’on puisse dire est d’ailleurs qu’il n’eut pas de chance à cette occasion, car le pack irlandais avait tellement étouffé celui du XV de France que celui-ci ne put délivrer quasiment aucun bon ballon à ses lignes arrières, alors que le fameux ouvreur Jack Kyle put au contraire construire le jeu à sa guise, d’autant que Jean Prat était absent.

Il faudra attendre un an pour que Maurice Prat revienne en équipe de France (le 12 janvier 1952) contre l’Ecosse avec Roger Martine auprès de lui, qui fêtait la première de ses vingt cinq sélections. C’était la première fois que la jeune paire de centres lourdaise jouait ensemble en équipe de France. Maurice Prat avait un peu plus de 23 ans et Roger Martine venait tout juste de fêter ses 22 ans. Débuts d’une longue association qui sévissait déjà sur tous les terrains de France, et qui allait s’affirmer jusqu’en 1958 sur le plan international. Au total ils allaient jouer à douze reprises ensemble dans le XV de France, dont neuf fois en association au centre de la ligne de trois quarts, les trois autres fois, Martine opérant à l’ouverture,  par exemple contre l’Italie en 1954 alors que Maurice Prat était associé à André Boniface. En fait les deux hommes auraient dû opérer plus souvent ensemble en équipe de France, mais  à cette époque il n’y avait ni Coupe du Monde, ni tournées d’été ou d’automne, et ni l’un, ni l’autre ne furent épargnés par les blessures, ce qui explique par exemple que Maurice Prat ait arrêté sa carrière en 1959, en même temps que son frère Jean, mais lui avait à peine 31 ans soit cinq ans de moins que son frère.

Roger Martine en revanche, continuera sa carrière quelques années de plus, y compris en équipe de France après avoir participé notamment à la fameuse épopée en Afrique du Sud en 1958, que j’ai longuement évoquée sur ce site sous le titre « Le plus bel été du XV de France ». Martine fut immense durant cette tournée, s’avérant l’incontestable maître à jouer des lignes arrière, sans son complice lourdais Maurice Prat, retenu à son auberge par l’afflux des pèlerins pour le centenaire des apparitions à la grotte de Lourdes. Et oui, à cette époque le rugby n’était pas professionnel, et tous les joueurs avaient un métier à côté du rugby ! En revanche, étant employé à EDF, Roger Martine n’était pas confronté à ce type de problème, et il en profita pleinement, au point sans doute de n’avoir jamais été aussi grand qu’il ne le fût lors de cette tournée, éclaboussant toutes ses prestations de toute sa classe au centre ou à l’ouverture.

On pourrait évidemment dire beaucoup d’autres choses sur ces deux merveilleux attaquants, mais l’essentiel est là, à savoir cette communion dans la passion d’un rugby d’attaque qui avait fait dire à une autre grande figure du rugby français, Amédée Domenech : « Si vous voulez voir du beau jeu, allez voir Lourdes ». Et c’est vrai que le F. C de Lourdes a emballé pendant plus de vingt ans les spectateurs du rugby, notamment pendant cette décennie 1950 où ce club a remporté cinq de ses huit titres de champion de France, avec sa merveilleuse paire de centres. Et si l’on devait se souvenir d’un seul exploit de nos duettistes, ce serait cette attaque que nous ont raconté maintes fois nos amis montois  (j’étais beaucoup trop jeune à l’époque pour assister au match) et qui avait permis à Lourdes de renverser le cours de la finale du championnat de France 1953 entre le F.C. Lourdes et le Stade Montois, à Toulouse.

Alors que le Stade Montois menait très justement, le F.C. Lourdes conserva son titre sur deux attaques géniales où Maurice Prat et Roger Martine prirent une large part. A la 65è minute, sur une énième offensive lourdaise, une passe croisée de Maurice Prat donna un ballon d’essai à Martine, ce qui remettait les Lourdais dans le match. Ensuite, à la 76è minute, alors que les Bigourdans étaient encore menés de cinq points (16-11 pour les Montois), on vit Jean Prat arracher le ballon à François Labazuy qui s’apprêtait à faire une touche tout près de la ligne de but lourdaise, et faire une longue touche à destination de son frère Maurice qui était à l’affût, trompant la vigilance des Montois qui s’attendaient à une touche courte. Maurice Prat récupéra cette passe longue, plaça une accélération et donna à Roger Martine, qui poursuivit le mouvement en déchirant la défense landaise pour offrir à Manterola, venu de nulle part, un merveilleux essai de cent mètres.  Cet essai assomma  tellement les joueurs du Stade Montois, parmi lesquels figurait au centre le jeune André Boniface (19 ans à l’époque), que les Lourdais finirent par remporter ce match et le Bouclier de Brennus, dont les spectateurs parlèrent  pendant plusieurs décennies tellement son final fut emballant. Que de souvenirs pour les anciens, qui n’oublieront jamais Jean Prat, décédé le 25 février 2005, Roger Martine qui le retrouva au paradis des rugbymen une semaine après (le 3 mars) et Maurice Prat qui les a rejoints hier. Je suis sûr que ces trois-là reprendront la-haut leurs interminables conversations sur la meilleure manière de lancer une attaque.

Michel Escatafal

P.S. article du 14.02.2012 mis à jour suite au décès de Maurice Prat.


Guy et Lilian, un duo pour l’éternité…

Lilian

Une bien triste nouvelle a frappé la semaine dernière les amateurs et anciens joueurs de rugby nés au milieu du siècle précédent, avec la mort de Lilian Camberabero (14 fois international), qui avait constitué avec son frère Guy à l’ouverture une des paires de demis les plus connues de l’histoire du XV de France. Je n’ose d’ailleurs pas écrire une des meilleures paires…parce que, pour moi, ce ne fut sans doute pas le cas. C’est pourtant avec cette charnière, qui joua trois matches sur quatre, qu’en 1968 le XV de France a réussi son premier grand chelem dans le Tournoi des Cinq Nations, chose que ni le XV de Jean Prat et ses Lourdais, ni le XV de Lucien Mias qui avait réalisé l’exploit rarissime de vaincre les Sud-Africains chez eux, et tant d’autres auparavant n’avaient réussi à faire. C’est la raison pour laquelle je veux rendre un hommage particulier à cette fratrie d’origine landaise, qui fit la une des journaux sportifs, pendant leur carrière à La Voulte, à la fin des années 60 et au début des années 70.

Après des débuts en équipe de France peu convaincants, y compris quand ils furent sélectionnés ensemble pour la première fois sous le maillot national (contre la Roumanie en 1964), les deux frères allaient éclater dans un match contre l’Australie en février 1967, et déclencher une de ces guerres picrocholines dont les Français raffolent, entre d’une part les partisans d’un jeu d’attaque illustré par les frères Boniface avec Jean Gachassin à l’ouverture, et  les autres dont la préférence allait vers un rugby de tranchée, pour parler comme à l’époque.  Jean Gachassin était considéré par de nombreux techniciens comme le meilleur ouvreur de la planète, en tout cas le numéro 10 parfait pour lancer les attaques, à la fois vif, inspiré et sans doute le plus complet parce que sachant tout faire. Evidemment, Guy Camberabero ne jouissait pas de la même considération…sauf auprès des sélectionneurs, bien décidés à le voir évoluer avec son frère, quitte à faire jouer Gachassin au centre ou à l’arrière.

Les résultats allaient donner raison aux sélectionneurs à partir de ce match contre l’Australie (victoire 20-14), puisque le XV de France allait accumuler les victoires avec chaque fois une grosse contribution des frères Camberabero, notamment Guy dont la précision dans les coups de pied était ébouriffante. Qu’on en juge : 17 points contre l’Australie, plus un essai de Lilian, 10 points sur les 16 marqués contre l’Angleterre (victoire 16-12 à Twickenham), 27 points contre l’Italie (victoire par 60 à 13), 14 points contre le Pays de Galles (battu par 20 à14), 8 points contre l’Irlande défaite chez elle (11-6). Tout cela entre février et avril. Mais le festival de Guy Camberabero n’était pas terminé, puisqu’après une tournée en Afrique du Sud moins prolifique (13 points en deux tests sans son frère), les deux frères Camberabero allaient permettre à l’équipe de France de réaliser le premier grand chelem de son histoire en 1968.

Pourtant le tournoi n’avait pas très bien commencé pour les Cambé, Guy se contentant des 2 points de la transformation d’un des deux essais français contre l’Ecosse à Murrayfield. Petit bilan dans un match affligeant de médiocrité  qui, sur la pression de l’opinion, obligea les sélectionneurs à remettre Gachassin à l’ouverture contre l’Irlande associé à son demi de mêlée au F.C. Lourdes, J.H. Mir. Les Français avaient enfin attaqué davantage, marquant deux très beaux essais, mais ce XV de France était de nouveau chamboulé après un match contre le Sud-Est organisé dans le cadre des festivités des J.O. de Grenoble, l’équipe de France s’inclinant 11-9. Du coup on rappela les Camberabero pour le match suivant contre l’Angleterre, Gachassin glissant au centre. La France l’emporta avec beaucoup de réussite grâce à un essai de Gachassin, transformé par Guy Camberabero, lequel convertit aussi une pénalité, le reste des points français étant le fait de deux drops de Claude Lacaze et Lilian Camberabero. Trois matches, trois victoires dans le Tournoi.

Le Grand Chelem était en vue et, comme en 1955, c’était le match contre les Gallois qui allait en décider, sauf que cette fois le match avait lieu à Cardiff. Un match que les Français remportèrent sur le score de 14 points à 9 avec 11 points pour les frères Camberabero,  dont un essai de Lilian. Un match où le XV de France avait eu beaucoup de chance, mais qui permettait de réussir enfin là où tous les plus grands XV de France avaient échoué jusque-là, comme je l’ai indiqué précédemment. Curieux paradoxe quand même, où la réussite des Cambé avaient masqué toutes les faiblesses du XV de France, faute de solliciter ses attaquants. On comprend les restrictions des puristes vis-à-vis du jeu qui était proposé par les Français avec à la baguette les Camberabero, mais les sélectionneurs étaient contents, car seuls à leurs yeux les résultats comptaient.

En tout cas cette réussite des frères Camberabero avait déclenché des polémiques sans fin, étant entendu que celles-ci portaient uniquement sur leur présence ou non dans l’équipe, au point qu’on pouvait lire dans les journaux qu’avec les Cambé « on pouvait mettre qui on voulait en trois-quarts », parce que c’était sans importance. Rien que ça ! Mais avant de tirer leur révérence, les Cambé allaient faire un dernier pied de nez à leurs multiples détracteurs en devenant champion de France en 1970, avec leur équipe La Voulte Sportif, battant en finale l’AS Montferrandaise. Ce jour-là en effet, les Voultains l’emportèrent (3-0) grâce à un essai du trois-quart centre Vialar, les Camberabero n’ayant rien marqué, Guy ratant toutes les pénalités qu’il tenta et frappant un drop sur le poteau à la dernière minute.  En attendant, les Voultains, et notamment les Camberarbero, avaient envoyé les moqueurs, aux vestiaires!

Michel Escatafal


Merci aux joueurs du Sud pour le spectacle…et pour notre Top 14

nonucarterJe n’avais pas encore eu le temps de parler de la finale de la Coupe du Monde de rugby, mais ce n’était pas faute d’en avoir envie, tellement ce fut une belle finale. J’ajouterai aussi que les demi-finales furent également très excitantes, l’Afrique du Sud et l’Argentine étant loin d’être des faire-valoir. Cela me permet d’écrire, une nouvelle fois, qu’il ne faut surtout pas avoir de regrets pour le XV de France…parce qu’il était très loin du niveau requis pour briller dans cette Coupe du Monde 2015, les miracles ayant pour particularité de ne pas se renouveler. D’ailleurs au risque de me faire quelques ennemis franchouillards, je rappellerais qu’en 2011 notre équipe avait été battue à deux reprises en phase de poule, par la Nouvelle-Zélande, ce qui était logique, mais aussi par les Tonga, ce qui ne l’était pas du tout. Bref, ce fut un miracle de sortir d’une poule qui n’avait rien d’être celle de « la mort ». Et en demi-finale, les Français l’avaient emporté miraculeusement, grâce à trois pénalités contre un essai non transformé et une pénalité pour des Gallois qui ont joué plus d’une heure à 14.

Reste la finale que nos joueurs auraient pu gagner sans un arbitre plus ou moins aveugle sur les fautes néo-zélandaises, puisque le XV de France ne fut battu que d’un point par une Nouvelle-Zélande loin de pratiquer son meilleur rugby, et de surcroît handicapée par l’absence de Dan Carter. Cela étant, un grand XV de France, tel que nous en avons connu plusieurs par le passé, aurait fini par vaincre cette pâle équipe All Black…avec un jeu et un état d’esprit un peu plus ambitieux. Il fallait bien payer d’une façon ou d’une autre quatre années de difficultés avec le sélectionneur Marc Lièvremont, comme il fallait bien que l’on paie au prix fort quatre années d’errances avec l’ineffable Philippe Saint-André qui lui avait succédé en 2011. Cela ne m’empêche pas de dire, encore une fois, que la faillite de notre XV national n’est pas seulement due aux limites de nos deux derniers sélectionneurs, même si leur responsabilité est grande, car si le problème ne tenait qu’à cela, cela signifierait qu’avec Guy Novès à sa tête, le XV de France redeviendrait très vite la nation majeure de l’hémisphère Nord, et donc un candidat très crédible pour la victoire à la prochaine Coupe du Monde. Non, il y a énormément de problèmes à régler au niveau des instances dirigeantes, étant entendu qu’il y a au moins une chose dont on peut être sûr avec l’arrivée du grand technicien toulousain, c’est qu’il ne pourra pas faire plus mal que ses deux prédécesseurs.

Cela étant, force est de reconnaître que la Nouvelle-Zélande est bien le pays par excellence du rugby à XV (3 coupes du monde sur 8 éditions), comme l’Australie est la référence du rugby à XIII (9 coupes du monde sur 13), les Etats-Unis du basket (14 titres olympiques sur 17 possibles), le Brésil du football (5 coupes du monde sur 20) ou la France du handball (10 titres mondiaux ou continentaux en 25 ans). Cela situe la portée de l’exploit néo-zélandais avec ce troisième succès mondial, le deuxième consécutif, ce qui est inédit. Il est vrai que les All Blacks demeurent depuis les années 1920 au tout premier rang du rugby mondial, cette équipe étant déjà appelée « les Invincibles » en 1924, suite à une tournée victorieuse en Grande-Bretagne. Pour mémoire, il faut rappeler que la première victoire de la France sur la Nouvelle-Zélande eut lieu seulement en 1954 à Colombes, avec une ossature lourdaise (Claverie, Martine, Maurice et Jean Prat, Domec), plus des joueurs emblématiques comme son inamovible demi de mêlée Gérard Dufau, mais aussi André Boniface qui avait 20 ans à l’époque, ou encore les deuxièmes lignes Chevalier et Lucien Mias. Ensuite il a fallu attendre 1979 pour voir le XV tricolore s’imposer en Nouvelle-Zélande, grâce là aussi à la présence dans ses rangs de joueurs aussi doués que l’arrière Aguirre, le centre Codorniou, la paire de demis Gallion-Caussade, les troisièmes lignes Joinel et Rives, et une première ligne composée de Dubroca, Dintrans et Paparemborde. On notera dans les deux cas que le XV de France disposait à ces époques de joueurs de très grande classe…qui ont fait tellement défaut à l’équipe qui vient de disputer la dernière Coupe du Monde, ce qui prouve que le mal est vraiment profond, surtout si en plus on pratique un rugby de tranchées face à des équipes qui ont adopté depuis longtemps un jeu complet…comme on savait le faire dans notre pays au siècle précédent.

Voilà le constat que l’on peut faire à la fin de la Coupe du Monde 2015, épreuve qui a eu le mérite de couronner la plus belle équipe, d’avoir en finale les deux meilleures, et en demi-finale les quatre qui le méritaient le plus…toutes appartenant à l’hémisphère Sud. Ce n’est pas une coïncidence, et cela aussi tord le cou aux remarques de ceux qui ne cessent de critiquer le Top 14 et ses étrangers, ces derniers ayant été parmi les meilleurs joueurs, qu’il s’agisse des ailiers Habana (Afrique du Sud), Mitchell (Australie) et Imhoff (Argentine) ou du centre Giteau (Australie), pour ne citer que des joueurs ayant participé aux demi-finales. Et pour ma part cela ne me dérange pas du tout, en tant que spectateur ou téléspectateur, que des stars étrangères comme Nonu, Carter, Slade, Kepu, Quade Cooper, Genia, Vermeulen, Adam Ashley-Cooper, O’Connell, Bismarck Du Plessis ou Conrad Smith débarquent en France ce mois-ci ou le mois prochain. Au contraire, même s’ils prennent la place, aux dires de certains, des joueurs français, ils peuvent donner à ceux-ci des leçons de professionnalisme, notamment aux plus jeunes. A ce propos je trouve débile d’entendre Pascal Papé, un des joueurs le plus souvent sélectionnés en équipe de France, estimer que « l’arrivée massive de joueurs étrangers majeurs dans le Top 14 est un frein au développement de l’équipe de France ». Débile pourquoi ? Parce que Papé n’a pas fait la démonstration de ses qualités pendant la Coupe du Monde, alors que ces nouveaux joueurs n’étaient pas encore arrivés. En outre, si Papé et ses copains de l’équipe de France, malgré leurs faibles performances, sont bien payés pour jouer au rugby en France, c’est aussi parce que le Top 14 génère pas mal d’argent grâce aux stars étrangères qui y jouent. Heureusement, tous les joueurs de l’équipe de France n’ont pas cette mentalité, puisque le talonneur toulonnais Guirado se réjouit de l’apport des joueurs du Sud, notamment à travers « leur conception du rugby ».

Fermons la parenthèse pour noter que parmi ces étrangers qui débarquent à Toulon, au Racing ou ailleurs, il y a déjà celui qui est considéré comme le meilleur joueur du monde, Dan Carter, en espérant qu’il aura davantage de chance au Racing que lorsqu’il est arrivé à l’USA Perpignan, club dans lequel il a joué seulement cinq matches en 2009, à cause d’une grave blessure. Ah les blessures ! Là en revanche, il y a de quoi s’inquiéter, comme je l’avais écrit dans un article en avril 2013 (Les affres du rugby professionnel…), car les impacts physiques sont de plus en plus terribles, et font de plus en plus de dégâts. Il y a aussi la vidéo, que les gens du football réclament à cor et à cri, mais qui finit par hacher le jeu à force d’y avoir recours à tout propos. Elle ne devrait être utilisée que pour valider un essai ou, très ponctuellement (j’insiste) pour permettre à l’arbitre d’éviter de faire une grosse erreur. Il y a enfin, comme je l’ai déjà évoqué précédemment, la domination très nette de l’hémisphère sud, le Nord semblant perdre de plus en plus de terrain. Même les Argentins, qui ont intégré depuis peu les compétitions du Sud, sont aujourd’hui supérieurs aux Français et aux Britanniques. On notera au passage que lesdits Argentins opèrent pour une grande majorité dans les clubs européens, à commencer par le Top 14, et que cela ne les empêche pas de progresser. Au contraire, tous reconnaissent que leurs progrès sont dus au fait de se frotter chaque semaine aux meilleurs joueurs opérant en France ou dans les Iles britanniques. D’ailleurs, comment progresseraient-ils dans leur championnat argentin ? Papé devrait y penser, plutôt qu’aller dans le sens des supporters franchouillards qui veulent moins d’étrangers. Il est vrai qu’au royaume des aveugles…

Michel Escatafal